VOYANTE


Contexte culturel et social
Montée du spiritisme : Influencé par les mouvements spiritualistes venus des États-Unis, le spiritisme devient populaire en France dès les années 1850. Des figures comme Allan Kardec codifient les pratiques de communication avec les esprits, qui séduisent une société en quête de sens face aux progrès scientifiques.
Curiosité bourgeoise :
Les salons parisiens accueillent des voyantes comme des attractions mondaines. Elles lisent les lignes de la main, tirent les cartes ou communiquent avec l’au-delà, souvent dans une ambiance feutrée et théâtrale.
Présence dans les cabarets : Certaines voyantes s’installent dans les cabarets et les foires, mêlant leur art à celui des illusionnistes et des magnétiseurs. La voyance devient aussi un spectacle.
Des cabinets en ville : À la fin du XIXe siècle, de nombreuses voyantes ouvrent des cabinets avec pignon sur rue. Elles attirent une clientèle variée, souvent féminine, en quête de réconfort ou de réponses sur l’amour, la santé ou les affaires.
Diversification des pratiques :
Chiromancie, cartomancie, astrologie, médiumnité… Les arts divinatoires se structurent, et des traités apparaissent, notamment sur la chiromancie dès les années 1840.Figures emblématiques
Marie-Anne Lenormand : Bien qu’elle ait vécu avant la Belle Époque, son influence perdure. Elle est considérée comme l’une des voyantes les plus célèbres de France, ayant conseillé Napoléon et Joséphine.
Les voyantes anonymes :
Majoritairement des femmes, elles deviennent des figures familières du paysage urbain, parfois marginalisées mais souvent respectées pour leur intuition et leur écoute.
Ambivalence religieuse : Bien que la répression religieuse ait diminué, la voyance reste associée à la sorcellerie dans certains milieux. Elle oscille entre mysticisme et superstition.
Regard scientifique : Des médecins et intellectuels s’intéressent à la voyance, parfois pour la discréditer, parfois pour l’intégrer à des recherches sur le magnétisme ou la psychologie naissante.

Madame de Thèbes : la sibylle des beaux quartiers
Nom réel : Anne Victorine Savigny
Métier : Chiromancienne et cartomancienne
Lieu d’activité : Paris, dans un salon très fréquenté par la haute société
Signe distinctif : Elle avait un éléphant comme emblème, symbole de sagesse et de mémoire
Madame de Thèbes était réputée pour ses prédictions audacieuses et ses consultations théâtrales. Un jour, alors qu’elle recevait un politicien influent, elle lui prédit une chute brutale de sa carrière. L’homme, outré, la traita de charlatane… jusqu’à ce qu’un scandale éclate quelques mois plus tard, le contraignant à démissionner. La presse s’empara de l’affaire, et Madame de Thèbes gagna une notoriété encore plus grande. Certains disaient même qu’elle avait des sources secrètes dans les cercles du pouvoir, mêlant espionnage et ésotérisme.Entre fascination et scepticisme
Elle fut formée par Adolphe Desbarrolles, le père de la chiromancie moderne
Elle côtoyait des écrivains comme Alexandre Dumas fils, qui lui aurait suggéré son pseudonyme
Ses prédictions touchaient aussi bien à la politique qu’aux événements mondiaux
Dans une époque fascinée par le spiritisme, les salons de Madame de Thèbes étaient aussi prisés que les bals de l’Opéra. Elle incarnait cette tension entre rationalité scientifique et quête de mystère, typique de la Belle Époque.