VERGETIER


Le métier de vergetier, bien que peu connu aujourd’hui, possède une histoire fascinante qui remonte bien avant la Belle Époque, avec un essor notable à partir du XVe siècle.
Le vergetier était un artisan spécialisé dans la fabrication de verges ou vergettes de petites brosses utilisées pour nettoyer les vêtements et les étoffes. Ces outils étaient constitués d’un manche en bois et d’un battant en bruyère, en soies de porc ou en cuir.
En 1486, les vergetiers reçoivent leurs premiers statuts officiels à Paris, sous l’autorité du prévôt Jacques d’Estouteville.
Le métier s’organise en corporation, avec des jurés chargés de contrôler la qualité du travail.
Pour devenir maître, il fallait réaliser un chef-d’œuvre et s’acquitter de droits spécifiques.
Évolution sous Louis XIV
En 1659, les statuts sont renforcés pour encadrer une communauté en pleine expansion.
Les vergetiers fabriquaient alors une grande variété d’objets : brosses à chiendent, brosses pour chevaux, raquettes en bois et cordes, balais, houssoirs en soies et plumes.
Pour limiter la concurrence, un maître ne pouvait former qu’un apprenti tous les 10 ans.
Bien que le métier ait commencé à décliner avec l’industrialisation, il restait encore pratiqué dans certains quartiers populaires, souvent associé à d’autres petits métiers comme les raquetiers et brossiers. Ces artisans incarnaient le pittoresque et la rudesse de la vie ouvrière à Paris, arpentant les rues pour vendre ou réparer leurs produits .

L’affaire des vergettes parfumées du Faubourg Saint-Antoine
Vers 1907, dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine à Paris, un vergetier du nom de Clément B. eut une idée audacieuse : parfumer ses vergettes avec des essences florales. L’objectif ? Séduire les dames de la haute société qui voulaient nettoyer leurs robes sans laisser d’odeur de chiendent ou de porc.
Mais voilà qu’un jour, une cliente influente épouse d’un député découvre que sa robe sent… le musc animal. Scandale ! L’essence utilisée provenait en réalité d’un mélange contenant de la civette, une sécrétion animale prisée en parfumerie mais jugée vulgaire par les cercles mondains. L’affaire fait les choux gras des journaux satiriques, qui surnomment Clément « le vergetier musqué ».
Au lieu de couler, Clément transforme le scandale en succès : il lance une gamme de vergettes “exotiques”, vendues dans les salons de coiffure et les maisons closes, où l’odeur musquée devient un argument de vente. On raconte même que certaines cocottes exigeaient “la vergette Clément” avant toute séance de toilette.