VENDEUSE D'HUITRES AMBULANTE



Le métier de vendeuse d’huîtres ambulante à la Belle Époque
La Belle Époque (1870–1914) est une période de prospérité, d’urbanisation et de développement des loisirs en France.
Les huîtres deviennent un mets prisé, non seulement dans les restaurants chics, mais aussi dans les rues et marchés populaires.
Souvent des femmes issues du monde rural ou maritime, elles acheminaient les huîtres depuis les ports (Cancale, Marennes-Oléron, Arcachon) vers les villes.
Elles vendaient leurs produits à la criée, sur des étals mobiles ou dans des paniers, parfois même en chantant pour attirer les clients.
Les huîtres étaient vendues à la douzaine, ouvertes sur place avec un couteau, parfois accompagnées de citron ou de pain noir.
Elles circulaient dans les quartiers populaires, notamment à Paris, où elles faisaient partie du paysage sonore et olfactif des rues.
Une figure culturelle
Ces vendeuses ont inspiré des chansons, des gravures, et des cartes postales de l’époque.
Elles incarnaient une forme de folklore urbain, entre tradition maritime et modernité urbaine.
L’ostréiculture française s’est développée dès le XVIIe siècle, mais c’est au XIXe siècle que la vente ambulante s’est vraiment popularisée .
Des villes comme Redon ou Saint-Jacut ont conservé des traditions de vente dominicale d’huîtres, parfois devant des cafés nommés… La Belle Époque.

La Reine des Huîtres de Montmartre
Dans les années 1890, une certaine Clémence Dubois, surnommée par les habitués du quartier “la Reine des Huîtres”, faisait sensation dans les rues de Montmartre. Elle poussait son charriot en bois, garni de paille et de glace, criant :
“Huîtres fraîches, aphrodisiaques et sans trahison !”
Ce slogan, mi-marketing mi-provocation, lui valait une clientèle fidèle, notamment parmi les artistes bohèmes et les messieurs en goguette. On raconte qu Henri de Toulouse-Lautrec, friand de ses huîtres et de ses réparties salées, l’aurait même croquée dans une esquisse perdue.
Mais ce qui fit sa légende, c’est une soirée de décembre 1897. Clémence fut invitée à livrer une cargaison d’huîtres pour une fête privée dans un cabaret de Pigalle. En arrivant, elle découvre que les huîtres étaient destinées à un concours… pas de dégustation, mais de lancers d’huîtres sur des portraits de politiciens ! Offusquée mais rusée, elle exigea le double du prix et déclara :
“Si vous voulez salir la République, au moins payez-la comme une impératrice !”
La presse locale s’empara de l’affaire, et Clémence devint une icône populaire, symbole de la gouaille parisienne et de la dignité ouvrière. Elle finit par ouvrir une petite échoppe fixe, mais conserva son charriot pour les jours de nostalgie.