VENDEUR DE MEULES D'AFFUTAGE

Origine des meules : Les meules étaient taillées dans des carrières de pierre meulière, notamment en Dordogne, dans le bassin parisien ou en Champagne. Ces pierres, très dures et abrasives, étaient idéales pour affûter les outils ou moudre les céréales.
Fabrication artisanale :
Les ouvriers meuliers travaillaient dans des conditions rudes pour extraire et façonner les meules. Le vendeur, souvent itinérant, achetait ces meules ou les faisait fabriquer sur commande.
Rôle économique : Il parcourait les campagnes, les foires et les marchés pour vendre ses meules aux forgerons, couteliers, meuniers ou même aux particuliers. Il jouait aussi le rôle de conseiller technique, expliquant les propriétés des pierres et leur usage optimal.
Avant le chemin de fer : Le transport se faisait par voie fluviale ou à dos d’âne, ce qui limitait la portée commerciale.
Avec le rail : L’arrivée du chemin de fer à la Belle Époque a permis aux vendeurs de meules d’élargir leur marché, atteignant des régions plus éloignées et favorisant l’essor de la meunerie industrielle.
Le rhabillage des meules
Le vendeur pouvait aussi être rhabilleur, c’est-à-dire spécialiste du réaffûtage des meules usées. Ce savoir-faire était très recherché, et certains vendeurs se faisaient artisans itinérants, proposant leurs services de rhabillage dans les moulins.
À la Belle Époque, ce métier était à la croisée des mondes : il conservait les traditions rurales tout en s’adaptant aux nouvelles logiques industrielles. Le vendeur de meules d’affûtage était un passeur de savoir-faire, un témoin de l’évolution des techniques et des usages.

Le duel des lames à Montluçon
En 1902, dans la petite ville de Montluçon, un vendeur de meules nommé Anatole "le Grincheux" faisait sa tournée hebdomadaire. Connu pour son caractère bougon mais son affûtage impeccable, il avait une clientèle fidèle parmi les bouchers, couteliers et même les coiffeurs du coin.
Un jour, un jeune concurrent venu de Moulins, prénommé Léon, débarqua avec une meule flambant neuve et un sourire enjôleur. Il promettait un affûtage "plus tranchant que la langue d’une belle-mère". Anatole, outré, lança un défi : un duel d’affûtage sur la place publique.
Le défi était simple : deux couteaux émoussés, deux meules, et un jury composé de trois bouchers locaux. Celui dont le couteau trancherait une botte de carottes sans effort serait déclaré vainqueur.
La foule se pressa autour des deux hommes. Anatole, avec sa vieille meule en pierre de Crouzille, affûta avec la précision d’un horloger. Léon, avec sa meule moderne en corindon, affûtait à toute vitesse, sûr de lui.
Quand vint le moment de trancher… Anatole coupa les carottes comme du beurre. Léon, lui, fit une belle entaille… dans la table.
Le public éclata de rire, et Léon, rouge comme un steak saignant, repartit bredouille. Anatole, triomphant, offrit un affûtage gratuit à tous les spectateurs ce jour-là. Depuis, on disait à Montluçon : "Si tu veux que ça coupe, va voir le Grincheux."