VENDEUR DE MARRONS CHAUDS



Le vendeur de marrons chauds à la Belle Époque : une figure emblématique des rues françaises
À la Belle Époque (fin du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale), les vendeurs de marrons chauds étaient des personnages familiers dans les rues de Paris et des grandes villes françaises. Leur présence était synonyme d’hiver, de convivialité, et d’un parfum réconfortant de châtaignes grillées flottant dans l’air.
Ces marchands ambulants s’installaient dès les premiers froids, souvent dès octobre, avec leurs braseros ou petites locomotives artisanales.
Ils occupaient les trottoirs, les places publiques, les abords des gares ou des marchés, attirant les passants avec le crépitement du feu et l’odeur des marrons grillés.
Le métier était souvent familial, transmis de génération en génération, comme en témoigne l’histoire des familles Franchi, Ferrari ou Filippi à Strasbourg.
Le vendeur de marrons chauds incarnait une forme de commerce populaire, accessible à tous, et profondément ancré dans la culture urbaine.
À Paris, il faisait partie du paysage hivernal, au même titre que les crieurs de journaux ou les marchands de fleurs.
Le cornet de marrons chauds, vendu quelques sous, était un petit luxe hivernal pour les classes populaires comme pour les bourgeois.
À Strasbourg, dès 1890, des familles venues de Marseille ou de Corse ont perfectionné le métier en créant des « locomotives » mobiles pour griller les marrons.
Ces machines, souvent décorées et personnalisées, sont devenues emblématiques, et certaines sont encore utilisées aujourd’hui.
Le métier a survécu aux décennies, malgré les changements urbains et les défis économiques, grâce à la passion et à l’ingéniosité de ces artisans du goût.
Le vendeur de marrons chauds était aussi un personnage haut en couleur : vêtu chaudement, souvent bavard, il interagissait avec les passants, les enfants, les habitués.
Il incarnait une forme de folklore urbain, parfois chanté dans les chansons populaires ou représenté dans les cartes postales de l’époque.

Le vendeur de marrons et le scandale du boulevard
À Paris, vers 1902, sur le boulevard Haussmann, un vendeur de marrons nommé Gaspard, reconnaissable à sa casquette en tweed et sa voix rocailleuse criant « Chauds les marrons ! », était une figure locale. Mais Gaspard n’était pas seulement un marchand : il était aussi un fin observateur des passants… et un messager clandestin.
Chaque matin, il glissait des petits billets dans les cornets de marrons destinés à une mystérieuse dame en rouge, cliente fidèle. Ces billets contenaient des informations sur les allées et venues d’un certain Comte de Villeroy, homme influent et marié, qui entretenait une liaison secrète avec une chanteuse de cabaret.
Un jour, le comte acheta un cornet par hasard… et tomba sur un billet destiné à la dame. Le scandale éclata : le comte tenta de faire arrêter Gaspard, mais la presse s’empara de l’affaire. Le vendeur devint une sorte de héros populaire, dénonçant les hypocrisies de l’aristocratie tout en continuant à vendre ses marrons… avec un clin d’œil complice aux passants.