VENDEUR DE MACHINES A COUDRE

Le contexte : la machine à coudre comme révolution sociale
Avant 1850, la couture était entièrement manuelle. L’arrivée des machines à coudre a bouleversé les foyers et les ateliers.
En France, Barthélemy Thimonnier invente une machine à point de chaînette dès 1830, mais son atelier est incendié par des tailleurs craignant pour leur emploi.
À partir des années 1860, les modèles américains comme ceux de Singer s’imposent, notamment grâce à leur robustesse et leur mécanisme à double fil.
Le vendeur n’était pas qu’un simple commerçant : il devait démontrer le fonctionnement de la machine, former les clientes (souvent des couturières ou des ménagères), et adapter les modèles aux besoins locaux.
Les machines étaient vendues dans des boutiques spécialisées, mais aussi via des réclames dans les journaux, avec des arguments comme :
"Facilité de paiement"
"Garantie de 5 ans"
"Silencieuse et légère"
Les prix variaient selon les modèles :
Machine à main : ~25 francs
Machine à pédale avec table en acajou : ~40 francs
Machine industrielle : jusqu’à 450 francsUn rôle hybride : vendeur, réparateur, formateur
Le vendeur devait souvent réparer les machines ou proposer des services d’entretien.
Il jouait aussi un rôle de médiateur technologique, traduisant les innovations mécaniques en bénéfices concrets pour les clientes.
Posséder une machine à coudre devenait un signe de statut social.
Les vendeurs participaient à des expositions universelles, comme celle de Paris en 1889, pour présenter les dernières innovations.

Le vendeur de machines à coudre et la duchesse rebelle
Dans les années 1890, à Paris, un certain Aristide Fournier, vendeur de machines à coudre pour la maison Singer, avait une réputation bien établie : charmeur, élégant, et surtout très doué pour convaincre les dames de la haute société d’adopter la modernité. Il organisait des démonstrations dans les salons bourgeois, vantant les mérites de la machine comme un outil d’émancipation féminine rien de moins.
Un jour, il fut invité par la duchesse de Montferrand, une veuve excentrique connue pour ses goûts avant-gardistes et son mépris des conventions. Elle voulait une machine à coudre, mais pas pour broder des napperons : elle rêvait de confectionner des costumes pour ses soirées déguisées… et ses amants.
Lors de la démonstration, Aristide, pris dans l’ambiance libertine du salon, se laissa aller à quelques commentaires grivois sur les usages "alternatifs" de la machine. La duchesse, ravie, lui proposa un marché : une machine offerte, en échange d’un costume sur mesure pour sa prochaine soirée masquée… où il serait son cavalier.
Le scandale éclata quand un journaliste du Figaro reconnut Aristide, déguisé en Cupidon, au bras de la duchesse, lors d’un bal costumé au Moulin Rouge. L’article titré “Le Cupidon de la couture” fit le tour des salons parisiens. Les ventes de machines explosèrent dans les semaines suivantes et Aristide devint une légende du marketing avant l’heure.
On dit que même les couturières des Folies Bergère demandaient “la machine du Cupidon”...