VENDEUR DE JOURNAUX



Le métier en ville : criée et kiosques
Deux modes de vente principaux : les journaux étaient vendus soit dans des kiosques, soit à la criée dans les rues. Les crieurs de journaux, souvent des hommes mais aussi des femmes, arpentaient les boulevards en scandant les gros titres pour attirer les passants.
Un rôle social : ces vendeurs étaient les vecteurs de l’actualité, transmettant les nouvelles du jour à une population souvent peu lettrée ou sans accès à une presse régulière.
Bien que traditionnellement masculin, le métier s’ouvrait de plus en plus aux femmes. Certaines, comme la célèbre « mère l’Amour » à Duclair, assuraient la diffusion de plusieurs titres, coiffées de la casquette du Petit Parisien.
Une journaliste de L’Intransigeant en 1925 décrit avec émotion le quotidien rude d’une porteuse de journaux, veuve âgée, qui vendait ses feuilles pour survivre, parfois même en partageant son lot avec une autre femme encore plus démunie.
Les enfants et le colportage rural
Dans les campagnes, les journaux hebdomadaires étaient souvent distribués par des enfants, appelés « commissionnaires », qui touchaient quelques sous pour leur service.
Un même journal circulait dans plusieurs foyers, favorisant une lecture collective et une économie de moyens.
Le crieur de journaux était une figure emblématique, comme Robert, immortalisé dans une vidéo de l’INA, qui perpétuait cette tradition du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe.
Leur voix portait les nouvelles dans les rues, souvent accompagnée de gestes théâtraux et d’une mise en scène du fait divers ou de l’événement dramatique illustré en première page.

Le scoop du siècle : le vendeur de journaux qui fit trembler l’aristocratie
À cette époque, les vendeurs de journaux appelés crieurs étaient les influenceurs de la rue. Ils arpentaient les boulevards, brandissant les dernières éditions du Petit Journal, du Matin ou du Figaro, et hurlaient les gros titres pour attirer les badauds.
Léon était un crieur de journaux du quartier de Montmartre, surnommé "la Gâchette" pour sa rapidité à dégainer les scoops. Il avait l’œil vif, l’oreille fine, et surtout… un carnet de contacts bien garni, allant du concierge bavard au serveur indiscret du Café de la Paix.
Un jour, Léon entend une conversation entre deux messieurs bien mis, parlant d’un certain comte de V., impliqué dans une affaire de contrefaçon de tableaux. Ni une ni deux, Léon file chez son imprimeur de fortune, rédige un "édition spéciale" à la main, et commence à crier dans les rues :
"Le comte faussaire ! L’aristocratie dans la tourmente ! Lisez tout dans l’édition spéciale !"Les journaux officiels n’avaient rien publié Léon avait l’exclusivité. En quelques heures, tout Paris ne parlait que de ça. Le comte fut contraint de faire une déclaration publique, et les grands journaux durent rattraper le retard en enquêtant à leur tour.
Léon fut invité par le rédacteur en chef du Matin pour devenir informateur régulier. Il passa de crieur à chroniqueur de rue, et ses "bruits de trottoir" devinrent une rubrique prisée.
À la Belle Époque, même un vendeur de journaux pouvait faire trembler les puissants. L’information circulait vite, et les rues étaient le théâtre de révélations inattendues. Léon "la Gâchette" incarne cette époque où le verbe était roi, et où les pavés résonnaient des échos de la presse populaire.