VELOUTIER


Origines et évolution du métier
Le mot velours vient du latin vilosus, signifiant "velu". C’est un tissu avec une surface rase d’un côté et une surface couverte de poils dressés de l’autre.
Le velours est apparu en Orient, puis importé en Europe au Moyen Âge. Dès le XIIe siècle, Venise et Gênes en produisaient, souvent enrichi de broderies en or ou argent.
En France, Lyon devient un centre majeur de la soierie et du velours dès le XVe siècle, notamment grâce à l’arrivée de tisserands piémontais comme Étienne Turchetti et Barthélemy Nariz.
Le veloutier est un tisseur spécialisé dans la fabrication du velours, utilisant deux chaînes : l’une pour le fond du tissu, l’autre pour le poil.
Il insère un « fer » dans la chaîne de poils, qui crée des boucles (velours épinglés) ou des lignes de poils (velours coupés) selon l’outil utilisé.
À la Belle Époque, le veloutier travaillait souvent dans des ateliers ou manufactures, notamment à Lyon, capitale de la soie, où la demande pour des tissus luxueux était forte dans la mode et l’ameublement.
Cette période (fin XIXe – début XXe siècle) est marquée par l’élégance et le raffinement. Le velours est omniprésent dans les vêtements féminins, les rideaux, les fauteuils et les décors bourgeois.
Les veloutiers participaient à cette effervescence artistique et industrielle, produisant des étoffes pour les couturiers, les décorateurs et les maisons de haute couture.
Déclin et héritage
Avec l’industrialisation, le métier de veloutier traditionnel a décliné. Aujourd’hui, seules quelques maisons perpétuent ce savoir-faire en France, souvent pour des commandes patrimoniales ou haut de gamme.

Une anecdote savoureuse : le veloutier et la duchesse
Dans les années 1890, à Paris, un veloutier réputé du quartier du Marais appelons-le Monsieur Léon était connu pour son talent exceptionnel à transformer les étoffes les plus rêches en véritables nuages de velours. Un jour, une duchesse excentrique, grande habituée des salons mondains, lui commande un rideau pour son boudoir… mais avec une exigence très particulière : le tissu devait être si doux qu’il ferait rougir la peau nue.
Léon relève le défi avec brio. Mais lors de l’installation, la duchesse, ravie, invite ses amies pour une démonstration très intime : elles passent leurs bras, puis leurs jambes, puis… eh bien, disons que le rideau devint le centre d’un jeu de société très privé. L’histoire fit le tour des salons parisiens, et Léon reçut par la suite des commandes de velours pour des usages de plus en plus… personnels
Autre histoire : un veloutier de Lyon, ville textile par excellence, aurait été recruté par une maison de couture parisienne pour espionner les techniques de ses concurrents. Déguisé en livreur de rouleaux de tissu, il aurait réussi à subtiliser des échantillons de velours teintés à l’or, déclenchant une mini guerre commerciale entre deux maisons de mode. On raconte même qu’un duel fut évité de justesse entre deux couturiers rivaux sur les bords de la Seine…