VEILLEUR DE NUIT


Contexte historique : La Belle Époque
Période : Environ 1871 à 1914, avant la Première Guerre mondiale.
Essor de l’hôtellerie : Avec le développement des chemins de fer et l’attrait pour les stations balnéaires et thermales, les hôtels se multiplient et se modernisent.
Clientèle : Bourgeoise, aristocratique, souvent internationale, exigeante en matière de confort et de sécurité.
Surveillance : Garantir la sécurité des clients et des biens, notamment contre les incendies, les intrusions ou les accidents domestiques.
Accueil tardif : Recevoir les voyageurs arrivant après le coucher du soleil, souvent en diligence ou train de nuit.
Rondes régulières : Le veilleur faisait des rondes dans les couloirs, vérifiait les lampes à gaz ou les bougies, et s’assurait que tout était calme.
Prévention des incendies :
Héritage du rôle médiéval, il veillait à ce que les cheminées soient éteintes et les lampes bien sécurisées.
Uniforme discret : Souvent sombre, avec une casquette ou un manteau long.
Lampe à huile ou lanterne : Pour circuler dans les couloirs sombres.
Clé maîtresse : Pour accéder aux différentes parties de l’hôtel.Représentation culturelle
Le veilleur de nuit est parfois représenté dans l’art comme une figure solitaire et vigilante. Le peintre Carl Spitzweg, par exemple, a immortalisé un veilleur endormi dans une œuvre de 1875.
Certaines villes comme Turckheim en Alsace ont conservé cette tradition sous forme folklorique : un veilleur de nuit bénévole fait encore sa ronde chaque soir, en costume d’époque, pour le plaisir des visiteurs.

Le secret du veilleur – Paris, 1907
À l’hôtel du Lys d’Or, niché dans une ruelle discrète du 9e arrondissement, le veilleur de nuit s’appelait Émile Dervaux. Discret, toujours tiré à quatre épingles, il passait ses nuits à surveiller les couloirs, à s’assurer du silence et à noter les moindres allées et venues dans son carnet de ronde.
Mais Émile n’était pas un veilleur ordinaire.
Chaque nuit, vers deux heures du matin, il ouvrait une porte dérobée derrière le comptoir de réception. Cette porte menait à un escalier en colimaçon qui descendait vers une cave oubliée… transformée en salon clandestin. Là, des artistes de Montmartre, des aristocrates en quête de frissons et même quelques policiers en civil se retrouvaient pour jouer, boire de l’absinthe, et écouter des chansons interdites.
Émile, en plus de son rôle de veilleur, était le maître de cérémonie de ce petit monde souterrain. Il connaissait les secrets de tous les clients de l’hôtel : les liaisons secrètes, les dettes de jeu, les faux noms sur les registres… Il les protégeait, en échange de leur silence et de quelques billets glissés discrètement.
Un soir, une cliente mystérieuse descendit à l’hôtel : la comtesse de Villeneuve, célèbre pour ses apparitions dans les salons mondains. Elle avait fui une réception pour retrouver un amant peintre dans le salon clandestin. Mais ce soir-là, un journaliste du Petit Journal, déguisé en serveur, était présent. Il reconnut la comtesse et prit des notes.
Émile, flairant le scandale, intercepta le journaliste avant qu’il ne quitte l’hôtel. Dans un échange tendu, il lui proposa un marché : une exclusivité sur les soirées secrètes, mais jamais de noms. Le journaliste accepta… et publia une série d’articles anonymes qui firent fureur dans tout Paris, parlant d’un “Hôtel des Ombres” où la nuit révélait les vérités cachées de la haute société.
Émile resta veilleur jusqu’en 1914, date à laquelle l’hôtel fut réquisitionné pour loger des officiers. Le salon clandestin fut muré… mais certains disent que, dans les caves du bâtiment, on peut encore entendre des éclats de rire et des murmures d’absinthe.