TORREFACTEUR



Contexte historique : la Belle Époque (1890–1914)
Période de prospérité : La Belle Époque est marquée par une croissance économique, des progrès techniques (électricité, automobile), et un essor culturel en France .
Montée de la bourgeoisie : Une classe moyenne urbaine en expansion développe un goût pour les produits raffinés, dont le café devient un symbole de modernité et de convivialité.
Torréfaction artisanale : À cette époque, la torréfaction du café est encore largement artisanale. Les grains sont grillés dans de petits ateliers ou épiceries fines, souvent à la vue des clients.
Apparition des brûleries : Des établissements spécialisés appelés brûleries se développent dans les grandes villes comme Paris. Ils torréfient sur place et vendent directement aux consommateurs.
Techniques rudimentaires : Les torréfacteurs utilisent des tambours chauffés au feu de bois ou au charbon. Le contrôle de la température est approximatif, ce qui donne des profils de goût très variés.
Rôle social et culturel
Lieu de rencontre : Les brûleries deviennent des lieux de sociabilité, où l’on discute de politique, de littérature ou de progrès techniques.
Métier valorisé : Le torréfacteur est vu comme un artisan expert, capable de transformer un produit brut en une boisson noble et stimulante.
Cafés parisiens : Le café devient central dans la vie intellectuelle et artistique. Des lieux comme Le Procope ou Les Deux Magots attirent écrivains, philosophes et artistes.
Goût français : La torréfaction française se distingue par une préférence pour des profils plus foncés, avec des notes grillées et corsées.

Le duel des torréfacteurs de Montmartre
À Montmartre, quartier bohème et effervescent, deux torréfacteurs se disputaient la clientèle des artistes, écrivains et bourgeois en quête du parfait café : Monsieur Armand Delacour, maître torréfacteur réputé pour ses mélanges subtils venus d’Éthiopie, et Madame Lucienne Moreau, veuve audacieuse qui avait repris la boutique de son mari et introduisait des cafés d’Amérique centrale aux arômes puissants.
Armand accusait Lucienne de voler ses recettes en espionnant ses livraisons.
Lucienne, elle, prétendait qu’Armand trafiquait ses grains avec de la chicorée pour réduire les coûts.
Les clients prenaient parti, et les cafés voisins devenaient des lieux de débat passionné.
Un matin de 1907, un journaliste du Petit Parisien découvre que les deux torréfacteurs… étaient autrefois amants. Leur rupture aurait été causée par un différend sur l’origine d’un mélange baptisé Le Baiser Noir, un café si intense qu’il faisait tourner les têtes.
Mais le plus croustillant
Le journaliste révèle que le fameux mélange était en réalité une création commune, née d’une nuit de passion et de dégustation. Chacun avait tenté de s’approprier la recette, la modifiant légèrement pour brouiller les pistes.
L’épilogue
Face au scandale, les deux torréfacteurs décident de s’unir à nouveau… commercialement. Ils ouvrent un salon de dégustation baptisé “Les Amants du Café”, où l’on servait exclusivement Le Baiser Noir. Le lieu devient un repaire de poètes et de curieux, et leur histoire alimente les chroniques mondaines pendant des années.