TIREUSE DE CARTES



À la Belle Époque (fin du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale), le métier de tireuse de cartes en France s’inscrivait dans un contexte culturel riche, mêlant ésotérisme, fascination pour le mystère, et quête de sens dans une société en pleine mutation. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle à cette époque :
Essor de l’occultisme : La Belle Époque voit un regain d’intérêt pour les sciences occultes, notamment le spiritisme, l’astrologie et la cartomancie. Des figures comme Papus (Gérard Encausse) popularisent l’ésotérisme en France.
Urbanisation et anxiété sociale :
Dans les grandes villes comme Paris, les bouleversements sociaux et technologiques suscitent des incertitudes. Les tireuses de cartes offrent des réponses aux angoisses existentielles.
Présence dans les salons et les boudoirs : La cartomancie devient une distraction mondaine, pratiquée dans les cercles bourgeois, parfois même dans les salons littéraires.Le métier de tireuse de cartes
Profil typique :
Souvent des femmes, parfois issues de milieux modestes, qui se construisent une réputation locale. Certaines deviennent célèbres, comme Mademoiselle Lenormand (bien qu’elle soit active plus tôt, son influence perdure).
Méthodes utilisées : Tarot de Marseille, cartes ordinaires, ou systèmes personnalisés. Les tirages abordent l’amour, la fortune, les voyages, et la santé.
Lieu d’exercice :
Cabinets privés, marchés, foires, ou à domicile. Certaines sont itinérantes, d’autres établies dans des quartiers populaires ou bohèmes.
Peinture : Jean Metzinger, peintre cubiste, réalise en 1915 La Tireuse de cartes, une œuvre emblématique qui montre une femme en pleine séance de divination.
Littérature populaire : Xavier de Montépin publie La Tireuse de cartes en 1889, un roman feuilleton qui témoigne de la fascination du public pour ces figures mystérieuses.Perception sociale
Ambivalence :
À la fois crainte et respectée, la tireuse de cartes est vue comme une confidente, une conseillère, voire une sorcière. Elle incarne une forme de pouvoir féminin dans une société patriarcale.
Réglementation : Le métier est toléré mais surveillé. Certaines pratiques sont associées à la superstition ou à l’escroquerie, ce qui pousse les autorités à encadrer les activités divinatoires.

La Tireuse et le Ministre : scandale sous les dorures
Dans une arrière-salle feutrée d’un salon de thé, entre tentures orientales et effluves de patchouli, officiait Madame Zora, tireuse de cartes réputée pour ses prédictions troublantes. On disait qu’elle avait prédit la chute de plusieurs fortunes, la mort d’un comte, et même la liaison secrète entre une duchesse et un célèbre ténor.
Mais ce qui fit trembler les salons parisiens fut sa relation avec un ministre de la République, connu pour ses ambitions présidentielles. Ce dernier, superstitieux et anxieux, venait consulter Zora chaque semaine, sous un faux nom. Elle lui tirait les cartes, mais aussi les vers du nez.
Un jour, Zora confia à une amie journaliste qu’elle détenait des lettres compromettantes, où le ministre évoquait des décisions politiques influencées par ses lectures de tarot. L’amie, flairant le scoop, publia un article anonyme dans Le Matin, titré : “La République guidée par les arcanes ?”Le ministre fut forcé de démissionner. Zora, elle, disparut mystérieusement pendant quelques mois… avant de réapparaître à Nice, sous le nom de Madame Sybille, où elle ouvrit un nouveau salon, fréquenté cette fois par des artistes et des diplomates.