TEINTURIER




Le métier de teinturier à la Belle Époque
La Belle Époque est marquée par une industrialisation croissante et une modernisation des techniques textiles.
Le métier de teinturier, longtemps artisanal, devient industriel, avec l’apparition de colorants de synthèse comme la mauvéine (découverte en 1856).
Avant le XIXe siècle, les teinturiers utilisaient des pigments naturels comme l’indigo, la garance ou le pastel.
À partir de 1850, les colorants artificiels remplacent progressivement les teintures naturelles, rendant la production plus rapide, moins coûteuse et plus stable.
Les expositions universelles (Paris 1867, 1878, 1889, 1900) mettent en lumière les avancées techniques des teinturiers français.
Les teinturiers sont souvent regroupés par spécialité : teinturiers de grand teint (fibres nobles, couleurs durables) et de petit teint (fibres communes, teintures moins résistantes) .
Le métier reste physiquement exigeant : manipulation de produits chimiques, environnement saturé d’odeurs, risques pour la santé.
Figures et entreprises marquantes
De nombreuses maisons de teinturerie émergent, souvent liées à des dynasties familiales ou à des chimistes innovants.
Certaines entreprises comme Phildar ou Scrépel, basées à Roubaix (surnommée la "Manchester française"), illustrent cette transition vers l’industrie textile moderne.

Le scandale du bleu de Lyon : une teinture qui tâche plus que les robes
Dans les années 1890, à Lyon haut lieu de la soie et de la teinture un certain Armand Delorme, maître teinturier réputé pour ses bleus profonds et ses rouges éclatants, faisait fortune en fournissant les maisons de couture parisiennes. Mais derrière ses cuves de couleur se cachait une arnaque bien ficelée.
Delorme avait mis au point un procédé chimique accéléré, utilisant des sels métalliques interdits, qui donnaient aux tissus une couleur éclatante… mais qui s’estompait au bout de quelques semaines. Les robes vendues à prix d’or perdaient leur éclat, et les clientes souvent des bourgeoises en quête de distinction se retrouvaient avec des tenues ternes et tachées.
Lors d’un bal organisé par la comtesse de Mirabeau, plusieurs invitées portaient des robes teintées par Delorme. Sous la chaleur et les lumières, les couleurs commencèrent à couler… littéralement. Une robe bleu nuit vira au vert marécageux, une autre au rouge carmin devint rose saumon. L’humiliation fut telle que certaines invitées quittèrent le bal en larmes.
La chute du teinturier.
Une enquête fut ouverte, et Delorme fut condamné pour usage de produits toxiques et tromperie commerciale. Son atelier fut fermé, et ses concurrents ravis récupérèrent sa clientèle. On raconte que l’un d’eux, pour se moquer, lança une ligne de robes baptisée "Les Décolorées".