TANNEUR




Origines et évolution du métier
Moyen Âge : Le métier de tanneur est ancien et structuré dès le XIIe siècle. Il faisait partie des métiers du cuir, avec ses propres privilèges et règlements. Les tanneurs formaient des communautés avec des statuts précis et étaient souvent installés en périphérie des villes à cause des nuisances de leur activité.
Corporations :
Dès le XIVe siècle, les tanneurs étaient intégrés aux corporations parisiennes. Ils devaient suivre un apprentissage de cinq ans, prêter serment et respecter des règles strictes sur la qualité du cuir.
XVIIe siècle : Introduction de nouvelles techniques comme le tannage à la mode de Hongrie, utilisant des sels de morue. Cela marque une modernisation du métier.
Le tannage consiste à rendre les peaux animales imputrescibles. Cela implique :
L’utilisation de tanins végétaux (souvent extraits de l’écorce de chêne)
Des opérations de rivière (nettoyage, écharnage)
Le séchage et l’apprêt du cuir
Le métier de tanneur se distingue de celui de corroyeur, qui prépare le cuir tanné pour les artisans (cordonniers, selliers, etc.)À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle)
Industrialisation : Le métier évolue avec l’arrivée de machines et de procédés chimiques (chrome, acides), réduisant le temps de tannage.
Organisation du travail : Les ateliers artisanaux coexistent avec des tanneries industrielles, souvent situées près des rivières pour faciliter le rinçage des peaux.
Compagnonnage :
Les tanneurs-corroyeurs font partie du mouvement compagnonnique, valorisant l’excellence et la transmission du savoir-faire.
Conditions de travail : Le métier reste pénible, avec des odeurs fortes, des produits corrosifs, et une exposition à des maladies liées à l’humidité et aux substances chimiques.
Le métier de tanneur est aujourd’hui valorisé dans des musées comme le Musée du Compagnonnage de Tours .
Il a laissé une empreinte dans les noms de famille (Tanneur, Blanquier, Gerber…) et dans la toponymie de certaines villes

Le cuir de la discorde – Lyon, 1903
Dans les faubourgs de Lyon, une tannerie réputée pour son cuir "façon Hongrie" un cuir souple et parfumé, très en vogue fut au cœur d’un scandale retentissant. Le maître tanneur, Monsieur Armand D., avait mis au point un procédé secret utilisant des sels de morue et des bains accélérés, ce qui lui permettait de produire plus vite que ses concurrents.
Mais voilà qu’un jeune compagnon tanneur, fraîchement arrivé de Tours, découvre que les cuirs ainsi traités dégagent une odeur étrange et se détériorent plus vite. Il alerte les jurés inspecteurs, qui découvrent que les cuirs étaient en partie "verdis" c’est-à-dire mal tannés, avec des zones encore putrescibles.
Le scandale éclate dans la presse locale. Armand D. est accusé de fraude, mais il se défend en affirmant que son procédé est une "innovation moderne". L’affaire prend une tournure encore plus savoureuse quand on découvre que l’un des inspecteurs avait été invité à des dîners somptueux chez Armand, avec du vin de Bordeaux et des peaux offertes en cadeau...
Résultat : la tannerie est suspendue, Armand perd sa maîtrise, et le jeune compagnon devient une figure respectée du compagnonnage. On raconte même qu’il fut invité à présenter son propre chef-d’œuvre au Musée du Compagnonnage de Tours quelques années plus tard.