TABACULTEUR


Origines de la culture du tabac en France
Le tabac est introduit en France au XVIe siècle par Jean Nicot, ambassadeur au Portugal, qui l’envoie à la cour pour ses vertus médicinales.
Dès le XVIIe siècle, Colbert instaure un monopole royal sur sa culture et sa vente, ce qui en fait une ressource stratégique pour l’État.
La culture du tabac est concentrée dans certaines régions comme la Franche-Comté, l’Alsace, la Flandre, et le Sud-Ouest (notamment autour de Clairac en Guyenne).
Pendant la Belle Époque, le métier de tabaculteur est à la fois agricole et réglementé :
Monopole d’État : La Régie française du tabac contrôle la production, la transformation et la vente. Les tabaculteurs doivent vendre leur récolte exclusivement à l’État.
Réglementation stricte :
Les surfaces cultivées sont limitées, les semences sont fournies par l’administration, et les inspections sont fréquentes.
Travail manuel et saisonnier : La culture du tabac demande un savoir-faire spécifique, notamment pour le séchage des feuilles, le tri et le conditionnement.
Revenus modestes mais stables : Grâce au monopole, les tabaculteurs bénéficient d’un débouché garanti, ce qui leur assure une certaine sécurité économique, rare dans le monde rural de l’époque.
Statut social et vie quotidienne
Les tabaculteurs sont souvent des petits exploitants agricoles, parfois métayers ou propriétaires modestes.
Le métier est transmis de génération en génération, avec des savoir-faire locaux très spécifiques.
Dans certaines régions, la culture du tabac devient une activité complémentaire à l’élevage ou aux céréales.
La Belle Époque est marquée par une croissance économique, mais aussi par une fracture entre la France urbaine et la France rurale.
Les tabaculteurs font partie de cette France agricole qui, bien que moins favorisée que la bourgeoisie urbaine, joue un rôle essentiel dans l’économie nationale.

Le tabac de l’espion : une affaire fumante à Bergerac
À la fin du XIXe siècle, dans la région de Bergerac, réputée pour ses plantations de tabac blond, un tabaculteur du nom d’Émile Dufour se fit connaître pour une variété exceptionnelle de feuilles séchées, au goût doux et à la combustion lente. Ce tabac devint si prisé qu’il attira l’attention… pas seulement des fumeurs, mais aussi des concurrents.
Un jour de 1902, un homme élégant, se présentant comme un journaliste belge, arriva dans la région. Il s’intéressa de très près aux méthodes de séchage d’Émile, à ses hangars, à la composition de son sol, et même à ses horaires d’arrosage. Trop près, dirait-on.
Mais ce "journaliste" n’était autre qu’un espion industriel envoyé par une manufacture de tabac hollandaise, désireuse de percer le secret du fameux "tabac Dufour". L’homme fut démasqué par la fille d’Émile, Clémence, qui, intriguée par ses questions trop techniques, le suivit discrètement jusqu’à son auberge. Elle y découvrit des croquis détaillés des installations de son père et un carnet rempli de notes codées.
La gendarmerie fut alertée, l’espion arrêté, et l’affaire fit les gros titres du Petit Journal sous le titre : "Le tabac qui valait un vol : espionnage dans les champs de Dordogne !"