STANDARDISTE


Le métier de standardiste à la Belle Époque en France
La Belle Époque (1890–1914) fut une période de progrès technologique, d’essor économique et de transformation sociale en France. C’est aussi l’époque où le téléphone commence à se démocratiser, donnant naissance à un nouveau métier : celui de standardiste, ou plus précisément, la demoiselle du téléphone.
Naissance du métier : Avec l’essor du téléphone, les communications n’étaient pas encore automatisées. Les appels devaient être manuellement connectés par des opératrices dans des centraux téléphoniques.
Fonction : Les standardistes reliaient les abonnés en insérant des fiches jack dans des tableaux de connexions. Elles prenaient les demandes d’appel et les transmettaient au bon correspondant.
Équipement : Casque audio, micro en forme d’entonnoir, tableau de connexions, et cordons appelés "dicordes" pour établir les liaisons.
Recrutement : Le poste était exclusivement réservé à des jeunes femmes célibataires, choisies pour leur éducation et leur moralité jugées irréprochables.
Conditions sociales : Une fois mariées, elles perdaient souvent leur emploi. Ce métier était donc lié à une vision très conservatrice du rôle des femmes dans la société.
Le cadre de travail
Ambiance : Les centraux étaient souvent décrits comme des lieux solennels. Madeleine Campana, dans son autobiographie La Demoiselle du Téléphone, décrit le Central Gutenberg à Paris comme une salle immense, presque religieuse, où les opératrices travaillaient en silence sous la surveillance stricte d’une responsable.
Cadence : Chaque téléphoniste gérait une centaine d’abonnés. Les appels étaient fréquents et exigeaient rapidité et précision.
Progrès technique : Le téléphone devient un outil essentiel dans les grandes villes, notamment à Paris, mais reste rare en province.
Automatisation : Le réseau téléphonique ne sera entièrement automatisé en France qu’en 1978, ce qui rendait le rôle des standardistes indispensable à l’époque

Le scandale du téléphone rouge
En 1908, dans un grand hôtel parisien fréquenté par les diplomates et les artistes, une jeune standardiste nommée Clémence était réputée pour sa discrétion… et son ouïe exceptionnelle. Installée dans une petite cabine en bois verni, elle reliait les appels à la main, branchant les câbles sur le tableau avec une précision digne d’un chef d’orchestre.
Mais Clémence avait un petit secret : elle écoutait. Pas par malveillance, mais par curiosité. Et un jour, elle tomba sur une conversation entre un ministre bien connu et une chanteuse de l’Opéra Garnier. Le contenu était… disons, très personnel. Assez pour faire rougir les murs du standard.
Le lendemain, dans les salons mondains, tout Paris parlait du "téléphone rouge" surnom donné à la ligne confidentielle du ministre. Personne ne savait comment les détails avaient fuité… sauf Clémence, qui gardait son sourire énigmatique derrière son petit bonnet à dentelle.
L’affaire fit scandale, mais jamais on ne put prouver quoi que ce soit. Clémence quitta son poste quelques mois plus tard pour ouvrir un salon de thé… fréquenté par les mêmes personnalités qu’elle avait autrefois connectées par fil.