SONNEUR DE CLOCHES


Le métier de sonneur de cloches à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple travail mécanique : c’était une fonction sociale, spirituelle et parfois même politique, au cœur de la vie villageoise.
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le sonneur de cloches était chargé de :
Marquer les temps forts de la journée : l’angélus du matin, de midi et du soir rythmait la vie rurale.
Annoncer les événements religieux : messes, vêpres, baptêmes, mariages, enterrements.
Prévenir la population : le tocsin signalait les incendies, les guerres ou les urgences.
Participer aux cérémonies : il pouvait aussi porter la croix, le bénitier, creuser les fosses.
Le sonneur était souvent un journalier ou un agriculteur qui complétait ses revenus par cette activité.
Il montait dans le clocher, attachait des cordes aux battants des cloches et les faisait sonner à la main ou au pied selon les rythmes souhaités.
Il jouissait d’un certain prestige local, car il incarnait la voix du village, traduisant ses joies, ses peines et ses alarmes.

Contexte historique
Malgré les tensions entre cléricalisme et anticléricalisme, les cloches ont continué à sonner, même après la Révolution française.
La loi du Concordat (1802) a encadré leur usage : les sonneries devaient être autorisées par l’évêque et le préfet.
À la Belle Époque, les cloches étaient souvent propriété de la commune, ce qui entraînait des débats sur leur entretien et usage.

Le sonneur, la cloche… et le scandale
Dans le village de Saint-Aubin-sur-Mer, le sonneur de cloches, un certain Anatole B., était réputé pour sa ponctualité et son amour du vin rouge. Chaque matin, il sonnait l’angélus avec une ferveur quasi mystique… sauf les lendemains de fête, où les cloches semblaient avoir la gueule de bois.
Un dimanche de printemps, alors que le curé célébrait la messe, Anatole grimpa dans le clocher pour sonner les cloches de la communion. Mais au lieu du tintement solennel attendu, les villageois furent surpris par une série de coups désordonnés, suivis d’un grand fracas. Anatole, ivre comme un coq, avait perdu l’équilibre et s’était retrouvé suspendu à la corde, tournoyant dans les airs comme un pantin désarticulé.
Heureusement, il s’en sortit avec quelques contusions… mais le scandale fit grand bruit. Le curé, furieux, exigea son renvoi. Mais les villageois, attachés à leur sonneur fantasque, organisèrent une pétition pour le garder. Anatole fut finalement réintégré… à condition de ne plus boire avant de sonner.