SELLIER




Le métier de sellier en France à la Belle Époque : un artisanat entre tradition et modernité
À la Belle Époque (fin du XIXe siècle – début du XXe), le métier de sellier en France connaît une période de transition fascinante, entre héritage médiéval et innovations industrielles. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle à cette époque :
Le métier de sellier remonte au XIIIe siècle, avec une forte présence à Paris dès le Moyen Âge. Les selliers faisaient partie d’une grande communauté de l’harnachement, aux côtés des bourreliers, lormiers, chapuiseurs, etc.
À l’origine, le sellier fabriquait des selles et harnachements pour chevaux, en cuir, bois et métal. Il assurait aussi le rembourrage, le feutrage et la couverture des selles.
Avec l’essor des transports et de l’automobile, les selliers élargissent leur activité : ils deviennent aussi selliers-carrossiers, travaillant sur les garnitures intérieures des voitures hippomobiles puis automobiles.
Le cuir reste au cœur de leur savoir-faire, mais les techniques évoluent : couture industrielle, outillage plus moderne, et spécialisation selon les usages (équestre, automobile, bagagerie).Influence de maisons prestigieuses
La maison Hermès, fondée en 1837 comme sellier-harnacheur, incarne cette transition. À la Belle Époque, elle est déjà reconnue pour ses équipements équestres haut de gamme, avant de se tourner vers la maroquinerie de luxe.
Le métier reste très réglementé : les artisans doivent suivre une formation rigoureuse et respecter les statuts de leur corporation. Les jurés de métier contrôlent la qualité et les pratiques.
Le savoir-faire du sellier est transmis par compagnonnage ou apprentissage, avec une forte valorisation de la précision et de l’esthétique.
Des études comme celle de François Husson (1903–1906) documentent en détail les pratiques des selliers-carrossiers et bourreliers, leur rôle dans la société, et leur adaptation aux changements économiques et sociaux.

Le sellier et la duchesse : un cuir trop bien tanné
Dans les années 1900, à Paris, un certain Émile Vautrin, sellier réputé du Faubourg Saint-Antoine, était le fournisseur attitré de plusieurs maisons nobles, dont celle de la duchesse de Montferrand, une veuve fantasque connue pour ses goûts excentriques… et ses escapades nocturnes.
Un jour, Émile reçoit une commande très particulière : un harnais sur mesure pour un cheval... mais pas pour les promenades dans le Bois de Boulogne. Non, la duchesse voulait un harnachement en cuir de Russie, finement gravé, pour un cheval de spectacle destiné à une soirée privée dans son hôtel particulier. Jusque-là, rien d’anormal.
Mais ce que découvre Émile en livrant la commande dépasse l’imagination : le cheval n’était qu’un prétexte. Le véritable "spectacle" était une performance érotico-théâtrale, où la duchesse elle-même — vêtue d’un corset en cuir assorti au harnais jouait le rôle de cavalière dominatrice dans une mise en scène inspirée des fantasmes libertins du XVIIIe siècle.
Émile, choqué mais fasciné, aurait été invité à rester… en tant qu’observateur privilégié. Il aurait ensuite raconté l’histoire à ses collègues artisans, donnant naissance à une légende dans les ateliers : « Quand le cuir parle, même les nobles se taisent. »