SCIEUR DE LONG



Le métier de scieur de long à la Belle Époque en France
Le scieur de long était un artisan du bois dont le travail consistait à débiter les troncs d’arbre dans le sens de la longueur pour produire des planches, poutres ou chevrons. Ce métier, très ancien, a connu une forte activité en France jusqu’au début du XXe siècle, notamment pendant la Belle Époque.
Le sciage de long remonte à l’Antiquité romaine et est attesté dans des fresques à Pompéi et sur des stèles gallo-romaines.
Le métier est reconnu comme profession distincte dès le XVe siècle.
À la Belle Époque, il est encore largement pratiqué, surtout dans les régions rurales pauvres comme le Livradois, la Haute-Vienne, la Loire et l’Aveyron .
Les scieurs de long étaient souvent des paysans qui, en hiver ou en période de chômage agricole, partaient scier du bois pour gagner leur vie.
Ils travaillaient en binôme : le chevrier (en haut du tronc) et le renard (en bas), utilisant une grande scie verticale appelée passe-partout.
Le travail était physique, poussiéreux et dangereux. Le renard protégeait ses yeux de la sciure avec un sac ou un large chapeau.
Implantation géographique
Ce métier était répandu dans les zones montagneuses où l’agriculture était difficile.
Les scieurs migraient souvent pour trouver du travail, parfois pendant plusieurs mois, et certains ne revenaient pas, emportés par la maladie ou les accidents.
Une tradition célèbre : la “soupe du scieur de long”, si épaisse que la cuillère tenait debout dedans.
Le métier a inspiré des œuvres artistiques, comme le tableau Les Scieurs de Long d’Alfred Sisley (1875).

La farce du bois maudit
Dans un village du Jura vers 1902, deux scieurs de long, Baptiste et Léon, étaient réputés pour leur efficacité… mais aussi pour leur goût prononcé pour le vin de noix. Un jour, le maire leur confie une pièce de bois rare à débiter pour la charpente de la nouvelle école. Fier de sa trouvaille, il insiste : “Ce bois vient d’un vieux chêne de la forêt de la Malbête, on dit qu’il est hanté, alors pas de bêtises !”
Baptiste, le scieur du haut, prend cela comme un défi. La nuit précédant le sciage, il convainc Léon de jouer un tour au maire. Ils glissent dans le tronc un vieux sabot, une clochette rouillée et un petit crâne de chèvre trouvé dans la grange. Le lendemain, en sciant, Léon pousse des cris : “Par tous les saints, le bois parle !” Et Baptiste, depuis le haut, feint la panique : “Il y a des os ! Des clochettes ! Ce bois est maudit !”
Le maire, accouru, pâlit en découvrant les “reliques”. Le curé est appelé, une bénédiction est organisée, et le chantier est suspendu. Pendant trois jours, le village est en émoi. Ce n’est que lorsque Léon, trop bavard après quelques verres, raconte la farce à l’auberge que le pot aux roses est découvert.
Résultat : les deux compères furent condamnés à scier gratuitement les poutres de la mairie… mais leur légende, elle, resta gravée dans les mémoires locales.