SCENARISTE


Le métier de scénariste en France à la Belle Époque (1890–1914)
La Belle Époque, période d'effervescence culturelle et technologique en France, marque les débuts du cinéma… mais pas encore du métier de scénariste tel qu’on le connaît aujourd’hui. Voici un aperçu de cette époque fascinante et de la naissance du récit cinématographique :
Explosion des arts : Théâtre, opéra, littérature et arts visuels prospèrent. Les auteurs comme Zola, Maupassant ou Colette dominent la scène littéraire.
Naissance du cinéma : Les frères Lumière présentent leur cinématographe en 1895, marquant le début du cinéma en France.
Spectacle populaire : Le cinéma est d’abord vu comme une attraction foraine, avec des films très courts et sans scénario complexe.
Pas encore une profession reconnue : À la Belle Époque, les films sont souvent improvisés ou inspirés de pièces de théâtre, romans ou faits divers. Le rôle de scénariste n’est pas encore institutionnalisé.
Adaptations littéraires : Les premiers récits filmés s’appuient sur des œuvres connues (comme L’Assassinat du duc de Guise en 1908, écrit par Henri Lavedan), amorçant l’idée d’un scénario écrit.
Collaboration avec le théâtre : Les dramaturges commencent à s’intéresser au cinéma, apportant des structures narratives plus élaborées.
Henri Lavedan : Écrivain et académicien, il est l’un des premiers à écrire un scénario original pour le cinéma.
Alice Guy : Réalisatrice pionnière, elle crée des fictions dès 1896, souvent avec des scénarios simples mais narratifs.
Georges Méliès : Illusionniste devenu cinéaste, il invente des histoires fantastiques et met en scène des récits visuels très élaborés, sans passer par un scénariste au sens moderne.
Le métier de scénariste commence à se structurer dans les années 1910, avec l’essor du cinéma narratif.
La Belle Époque pose les bases du storytelling cinématographique, mais le scénariste reste souvent dans l’ombre, éclipsé par les réalisateurs et producteurs.

Le coup de plume de Maxime Delorme, scénariste sulfureux du Paris de 1907
Maxime Delorme, scénariste méconnu mais redoutablement rusé, travaillait pour les studios Pathé à Joinville-le-Pont. À l’époque, le cinéma était encore muet, mais les scénarios étaient tout sauf silencieux dans les coulisses. Delorme avait une spécialité : écrire des scénarios inspirés de faits divers croustillants, souvent tirés des pages scandaleuses du Petit Journal.
Un jour, il rédigea un scénario intitulé La Comtesse Déshonorée, inspiré d’un véritable adultère impliquant une aristocrate parisienne et un jeune peintre bohème. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que la comtesse en question reconnaîtrait sa propre histoire à l’écran… et qu’elle était la cousine d’un actionnaire influent de Pathé.
ߒ¥ Résultat : scandale dans les salons, menaces de procès, et une tentative de censure. Mais Delorme, malin comme un singe de Montmartre, prétendit que le scénario était une pure invention, et fit publier une lettre ouverte dans Le Figaro défendant la liberté artistique. L’affaire fit grand bruit, et le film fut finalement diffusé… sous un autre titre : L’Amour et le Blâme.
Et devine quoi ? Ce fut un succès retentissant. Delorme gagna en notoriété, mais aussi en ennemis. Il continua à écrire sous pseudonyme, et certains disent qu’il aurait inspiré le personnage du scénariste cynique dans Les Vampires de Louis Feuillade.