SAVONNIER



Le métier de savonnier en France à la Belle Époque : un artisanat entre tradition et modernité
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier de savonnier en France connaît une période de transition fascinante, entre héritage artisanal et industrialisation naissante. Voici un aperçu de son histoire et de son évolution à cette époque :
Héritage méditerranéen : Le savon de Marseille, inspiré du savon d’Alep, est au cœur de la tradition savonnière française. Fabriqué à base d’huile d’olive et de soude, il est réputé pour sa pureté et ses qualités dermatologiques.
Méthodes ancestrales :
Les savonniers utilisent le procédé de saponification à chaud, mélangeant corps gras (souvent huile d’olive ou suif) avec un alcali (soude ou potasse). Ce savoir-faire se transmet souvent de génération en génération.
Montée des savonneries : Avec l’industrialisation, de nombreuses savonneries voient le jour, notamment à Marseille, qui devient un centre majeur de production. Les procédés se mécanisent, permettant une production plus rapide et en plus grande quantité.
Diversification des produits : Le savon devient un produit de consommation courante, décliné en savonnettes parfumées, savons de toilette, et savons ménagers. Les marques commencent à émerger, avec des emballages attractifs et une communication plus commerciale.
Le quotidien des ouvriers savonniers
Conditions de travail : Les ouvriers des savonneries travaillent dans des conditions parfois difficiles, manipulant des matières premières odorantes et corrosives. Le métier est souvent exercé en parallèle d’autres emplois, comme boulanger ou mécanicien.
Transmission familiale : Pour beaucoup, le métier est une affaire de famille. Les savoir-faire se transmettent oralement, et les enfants rejoignent souvent les ateliers dès leur jeunesse.
Hygiène et modernité : À la Belle Époque, l’hygiène devient un enjeu social et médical. Le savon est promu comme un outil de progrès, lié à la propreté du corps et à la lutte contre les maladies.
Produit intime et culturel : Le savon, bien que banal, est un produit de l’intime. Son usage reflète les normes sociales, les représentations du corps, et les pratiques culturelles de l’époque.

L’affaire du savon à la violette de Marseille (1902)
À Marseille, haut lieu de la savonnerie française, une querelle éclate entre deux grandes maisons de savon : Savonnerie Bertrand et Savonnerie du Lys. L’objet du litige ? Un savon à la violette, très prisé par les dames de la haute société, censé contenir une essence rare importée d’Italie.
Mais voilà qu’un journaliste du Petit Provençal découvre que le parfum de violette utilisé par la Savonnerie du Lys n’est pas extrait de fleurs… mais synthétisé à partir de goudron de houille, une technique chimique nouvelle à l’époque. Le scandale éclate : les clientes se sentent flouées, les concurrents crient à la fraude, et les journaux s’en donnent à cœur joie.
Résultat :
La Savonnerie du Lys est forcée de retirer son produit.
Les ventes de savon à la violette explosent… chez Bertrand, qui en profite pour lancer une campagne publicitaire vantant son “authenticité florale”.
Et les chimistes, eux, jubilent : leur parfum synthétique devient malgré tout un standard dans l’industrie.