SAVETIER



Le métier de savetier à la Belle Époque en France
Le savetier, figure modeste mais essentielle du paysage urbain, incarne un métier ancien qui a traversé les siècles. À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), bien que déjà en déclin face à l’industrialisation, le savetier reste un artisan populaire dans les quartiers ouvriers.
Moyen Âge : Le savetier est le chausseur des pauvres, réparant les souliers usés, tandis que le cordonnier fabrique des chaussures neuves et luxueuses.
Corporation : Jusqu’au XIVe siècle, les savetiers sont contrôlés par les jurés des cordonniers. Ils doivent souvent se soumettre à des règles strictes, comme l’usage de vieux cuir (2 parties anciennes contre une neuve).
Émancipation :
En 1577, un édit distingue officiellement les deux métiers. Les savetiers gagnent en autonomie et montent dans la hiérarchie des métiers parisiens.
Rôle social : Le savetier est un artisan de proximité, souvent installé dans une échoppe modeste ou sur le trottoir. Il répare les chaussures des classes populaires, prolongeant leur durée de vie.
Conditions de vie : Le métier est peu rémunérateur. Les savetiers vivent souvent dans la précarité, mais leur savoir-faire est reconnu et indispensable.
Déclin progressif :
L’industrialisation et la production de chaussures bon marché réduisent la demande de réparation. Le métier se marginalise peu à peu.
Culture et symbolique
Le savetier inspire les écrivains et poètes. Jean de La Fontaine en fait le héros de sa fable Le savetier et le financier, symbole de la simplicité heureuse face à la richesse tourmentée.
Le mot "savetier" vient de "savate", qui désignait un vieux soulier. Il est aussi devenu un nom de famille et un sobriquet dans certaines régions.

Le savetier et la comtesse en cavale
Dans le Paris de 1903, rue Mouffetard, vivait un savetier nommé Anatole. Un homme bourru, moustachu, mais au cœur tendre, qui connaissait les secrets de tout le quartier. Un matin d’avril, une dame élégante, voilée jusqu’au menton, entra dans son atelier avec une paire de bottines en cuir fin, abîmées comme si elles avaient traversé la moitié de la France à pied.
Anatole, intrigué par l’allure de la cliente, remarqua sous le voile une broche en or portant les armoiries de la famille de Montferrand. Une comtesse ! Mais que faisait-elle là, incognito, chez un savetier de quartier ?
La dame lui glissa discrètement une lettre à glisser dans la semelle de ses bottines réparées. Curieux, Anatole lut le mot une fois seul : « Je suis poursuivie. Mon mari veut m’enfermer. Ces bottines sont mon dernier espoir. »
Anatole, pris dans une affaire digne d’un roman-feuilleton, décida de l’aider. Il répara les bottines, y cacha la lettre, et la dirigea vers un fiacre ami qui la conduisit hors de Paris. Quelques semaines plus tard, il reçut une boîte de cigares cubains et une bourse en velours contenant 100 francs un petit trésor avec un mot : « Grâce à vous, je suis libre. »