SAGE FEMME


Le métier de sage-femme à la Belle Époque , une profession en mutation
À la Belle Époque, les sages-femmes passent progressivement d’un rôle empirique à une profession médicalisée.
Elles sont encore souvent appelées matrones dans les campagnes, choisies pour leur expérience plutôt que leur formation.
Dans les villes, la formation devient plus structurée : des écoles de sages-femmes sont créées, comme celle de Strasbourg, la première en France.
Dès le XVIIIe siècle, des pionnières comme Angélique du Coudray enseignent l’art de l’accouchement à l’aide de mannequins pédagogiques.
Au XIXe siècle, des figures comme Madame Lachapelle dirigent l’école de la Maternité à Paris, contribuant à professionnaliser le métier.
À la Belle Époque, les sages-femmes sont reconnues comme professionnelles de santé, mais leur statut reste fragile face à l’ascension des médecins et chirurgiens.
L’hôpital et la médicalisation
L’accouchement commence à se déplacer du domicile vers les hôpitaux, surtout pour les femmes pauvres.
Les conditions d’hygiène dans les hôpitaux sont souvent déplorables, et la fièvre puerpérale cause une forte mortalité maternelle.
Les sages-femmes doivent composer avec les médecins, souvent hommes, qui prennent de plus en plus de place dans l’obstétrique.
En 1911, la Fédération des sages-femmes de France est créée, marquant le début d’une organisation syndicale pour défendre leurs droits.
Elles revendiquent leur autonomie professionnelle et leur rôle central dans la santé des femmes.
Contexte social et culturel
La Belle Époque est marquée par des tensions entre tradition et modernité : les sages-femmes incarnent cette dualité.
Elles sont à la fois gardiennes de savoirs ancestraux et actrices de la modernisation médicale.
Leur rôle dépasse l’accouchement : elles accompagnent les femmes dans leur vie intime, parfois même dans des pratiques comme l’avortement, alors illégal.

Le scandale des jumelles du boulevard Haussmann
En 1903, à Paris, une sage-femme réputée du quartier chic du boulevard Haussmann, Madame Bertille Lemoine, était connue pour ses talents exceptionnels… et sa discrétion légendaire. Elle officiait dans les beaux appartements des dames de la haute société, souvent dans des situations délicates où la paternité devait rester… floue.
Un jour, elle fut appelée en urgence chez une certaine Comtesse de V., enceinte de huit mois, dont le mari était en voyage diplomatique depuis plus d’un an. Bertille, fidèle à son serment de silence, accepta sans poser de questions.
Mais voilà qu’au moment de l’accouchement, surprise : des jumelles ! Et pas n’importe lesquelles — l’une avait les yeux d’un bleu perçant, l’autre une peau mate et des cheveux d’un noir de jais. Bertille, en professionnelle aguerrie, ne fit aucun commentaire… mais les domestiques, eux, n’avaient pas la même retenue.
Le bruit courut vite dans les salons parisiens : la Comtesse aurait eu une liaison avec un jeune peintre espagnol, connu pour ses portraits sensuels. Les jumelles devinrent les "petites Muses du scandale", et Bertille, bien malgré elle, fut surnommée "la sage-femme des secrets d’État".