ROUTIER


Le métier de routier en France à la Belle Époque (1890–1914)
À la Belle Époque, le métier de routier tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existait pas encore dans sa forme moderne. Le transport routier était en pleine mutation, mais dominé par des moyens encore rudimentaires. Voici un aperçu de cette période fascinante :
Transport hippomobile : Les marchandises étaient principalement acheminées par des charrettes tirées par des chevaux. Ce mode de transport était lent, soumis aux aléas climatiques et à l’état souvent médiocre des routes.
Début de la motorisation : Les premiers camions à moteur apparaissent à la fin du XIXe siècle, notamment grâce à des pionniers comme Marius Berliet, qui développe des véhicules utilitaires à Lyon. Mais leur usage reste limité à des zones urbaines ou industrielles.
Croissance économique : La Belle Époque est marquée par une forte croissance industrielle, ce qui stimule les besoins en transport de marchandises. Le charbon, par exemple, voit sa production exploser, nécessitant des solutions logistiques plus efficaces
Infrastructure routière
Routes en mauvais état : Malgré les efforts de l’administration des Ponts et Chaussées, les routes françaises sont encore peu adaptées aux véhicules lourds. Les chemins sont souvent impraticables en hiver ou après la pluie.
Corvée des chemins : Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les routes étaient entretenues par les paysans via la corvée. Bien que cette pratique ait disparu, l’entretien reste un défi majeur à la Belle Époque.
Pas encore des “routiers” : Le terme “routier” n’est pas encore utilisé pour désigner les conducteurs de camions. Les professionnels du transport sont plutôt des charretiers ou des voituriers.
Naissance d’une vocation : Avec l’apparition des premiers camions, le métier commence à se structurer. Les conducteurs doivent maîtriser des engins complexes, souvent capricieux, et faire preuve d’ingéniosité pour affronter les routes difficiles.
La Belle Époque est donc une période charnière : le métier de routier n’est pas encore pleinement né, mais les bases sont posées. Les innovations techniques, la croissance économique et les besoins logistiques vont bientôt faire émerger une nouvelle figure professionnelle celle du routier moderne qui prendra son essor après la Première Guerre mondiale.

Le convoi du vin volé… et retrouvé grâce à une panne
Dans les années 1910, un jeune routier nommé Gaston Delorme, originaire de Bordeaux, était chargé de transporter des barriques de vin vers Paris pour une grande exposition gastronomique. Il conduisait un Berliet CBA, un camion robuste mais capricieux, sur les routes cahoteuses du centre de la France.
Alors qu’il faisait une halte dans un petit village de l’Allier, Gaston s’absenta pour réparer une fuite d’huile. À son retour… plus de barriques ! Panique. Il interrogea les villageois, mais personne n’avait rien vu ou du moins, personne ne voulait parler.
Mais Gaston, malin comme un singe, se souvint d’un détail : son camion avait une particularité sonore un cliquetis métallique unique dû à une pièce mal fixée. Il se mit à l’écoute dans les ruelles… et bingo ! Il entendit le bruit caractéristique dans une grange à l’écart.
Il entra, et trouva un autre camion, volé quelques jours plus tôt, chargé de ses barriques. Les voleurs avaient tenté de transvaser le vin, mais leur propre véhicule était tombé en panne… ironie du sort. Gaston alerta la gendarmerie, récupéra son précieux chargement, et devint une légende locale.
Épilogue
Gaston fut décoré par la Chambre de Commerce de Bordeaux pour sa bravoure et son flair. On raconte qu’il reçut, en plus, une barrique rien que pour lui, qu’il partagea avec les mécanos du dépôt. Et son camion ? Il continua de faire ce bruit étrange… devenu sa signature sonore.