RETAMEUR




Origines et rôle social
Le rétameur, aussi appelé estamaire, parcourait les villages avec sa roulotte tirée par une mule, souvent au printemps ou avant les fêtes locales.
Il réparait et réémaillait les ustensiles de cuisine : cuillères, fourchettes, marmites en cuivre, casseroles, bassines, plats allant au feu, etc.
Il jouait un rôle essentiel dans une époque où les objets étaient faits pour durer et être réparés, bien avant l’ère du jetable.
L’étain, métal très fusible, était fondu dans un petit creuset pour être appliqué sur les objets.
Le rétameur possédait un outillage minimal : creuset, feuilles de tôle, marteaux, pinces.
Il travaillait souvent sur la place du village, parfois sous un arbre ou sur un perron, et alertait les habitants par des cris caractéristiques comme « Très per dous ! ».
Vie itinérante et folklore
Le rétameur faisait partie d’un monde de métiers ambulants : rempailleurs de chaises, rémouleurs, colporteurs, montreurs d’ours.
Il était attendu avec impatience par les ménagères, qui lui confiaient leurs objets à réparer.
Certains rétameurs sédentaires se spécialisaient dans le scellement des boîtes de conserve, une activité en plein essor à l’époque.
Avec l’arrivée de l’acier inoxydable, du plastique et de la production industrielle, le métier de rétameur a progressivement disparu au cours du XXe siècle.
Il reste aujourd’hui un symbole du savoir-faire artisanal et de la vie rurale d’autrefois.

Le rétameur et la marmite ensorcelée
Dans un petit village du Limousin, vers 1905, un rétameur du nom de Baptiste connu pour son verbe haut et ses moustaches en guidon de vélo faisait sa tournée annuelle. Il réparait les casseroles, les poêles, les chaudrons, et redonnait vie aux ustensiles fatigués des ménagères.
Un jour, une vieille dame lui apporte une marmite cabossée, noircie par des années de pot-au-feu. Baptiste l’examine, la retourne, et s’écrie :
« Ah mais madame, cette marmite est ensorcelée ! Elle refuse de se laisser rétamer ! »
Intriguée, la vieille lui demande pourquoi. Baptiste, flairant l’occasion de faire le spectacle, rassemble quelques villageois et improvise une cérémonie de "désenvoûtement" : il entonne des incantations en patois, fait tourner la marmite trois fois sur elle-même, et l’asperge d’eau-de-vie (qu’il boit en partie, bien sûr).
Après ce rituel burlesque, il rétame la marmite comme neuf. La foule applaudit, la vieille lui donne deux sous de plus, et Baptiste repart, hilare, en sifflotant.