REMPAILLEUR DE CHAISES




Le métier de rempailleur à la Belle Époque en France : un artisanat populaire et itinérant
À la Belle Époque (environ 1890–1914), le métier de rempailleur faisait partie de ces professions artisanales modestes mais essentielles, souvent exercées par des travailleurs itinérants dans les villes comme dans les campagnes.
Le rempaillage consiste à refaire l’assise des chaises à l’aide de matériaux naturels comme la paille de seigle, le carex, le jonc ou les feuilles de maïs.
Ce savoir-faire remonte à l’Égypte ancienne, mais en Europe, il s’est développé au Moyen Âge, notamment dans les milieux nobles, avant de se démocratiser au XVIIIe siècle.
À la Belle Époque, il était courant dans les foyers modestes de faire réparer les chaises plutôt que de les remplacer, ce qui donnait au rempailleur une place précieuse dans la vie quotidienne.
Les rempailleurs faisaient souvent partie des artisans ambulants, aux côtés des rétameurs et rémouleurs. Ils parcouraient les villages et les quartiers en criant leur métier pour attirer les clients.
Ils travaillaient directement sur place, parfois dans la rue ou dans une cour, avec un savoir-faire transmis oralement ou par apprentissage.
Techniques et matériaux
Le travail se faisait en plusieurs étapes : retirer l’ancienne paille, choisir le matériau adapté (selon le style, la solidité et le coût), puis tresser et fixer la nouvelle assise.
Chaque artisan avait ses préférences et ses techniques, parfois avec des motifs décoratifs formés par des brins de teintes différentes.
Ce métier est aujourd’hui reconnu comme un savoir-faire traditionnel et a été inscrit à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, notamment à Forcalquier dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Le rempailleur et la comtesse aux chaises suspectes
Dans les années 1890, à Lyon, un rempailleur nommé Anatole faisait sa tournée dans les beaux quartiers, proposant ses services aux bourgeois et aux aristocrates. Connu pour son habileté et son verbe haut, il avait un flair particulier pour les affaires… et les secrets.
Un jour, il fut appelé au manoir de la comtesse de Montferrand, une veuve excentrique réputée pour ses soirées mondaines et ses goûts extravagants. Elle lui demanda de rempailler douze chaises Louis XV, toutes identiques, sauf une… qui semblait avoir été réparée récemment, mais avec un motif de paille différent.
Intrigué, Anatole interrogea discrètement la domestique, qui lui glissa :
"Cette chaise-là, monsieur, elle n’a jamais été cassée… mais elle a été déplacée, souvent, la nuit."
Curieux, Anatole observa la chaise de plus près. En démontant le fond, il découvrit un double fond sous le rempaillage, contenant une petite boîte en bois. À l’intérieur : des lettres d’amour enflammées… signées par un célèbre député marié, et des reçus de dons généreux à la comtesse.
Anatole, homme discret mais rusé, proposa à la comtesse de rempailler toutes les chaises avec le même motif, y compris celle au secret. Elle accepta, soulagée, et glissa dans sa main une pièce d’or supplémentaire, avec un clin d’œil entendu.Depuis ce jour, Anatole devint le rempailleur préféré des dames de la haute société, réputé non seulement pour son art… mais aussi pour son silence en or.