RELIEUR



Évolution du métier de relieur
Origines anciennes : Le métier de relieur remonte au Moyen Âge, avec des artisans appelés ligatores qui cousaient les cahiers des manuscrits et les protégeaient avec des planchettes de bois appelées ais.
Renaissance et styles décoratifs : Dès le XVIe siècle, la reliure devient un art décoratif. Les relieurs français comme Clovis Eve ou Le Gascon développent des styles raffinés, influencés par l’architecture et la mythologie.
XIXe siècle et Belle Époque : À partir du XIXe siècle, la reliure se transforme en création artistique à part entière. On distingue les livres d’artistes (où la reliure fait partie intégrante de l’œuvre) et les livres-objets, avec des reliures originales et audacieuses.
Esthétique et innovation : Les relieurs de la Belle Époque expérimentent avec des matériaux luxueux (cuir fin, velours, ivoire, émaux) et des techniques comme le doreur à froid ou le balancier pour imprimer des motifs complexes.
Artisans renommés : Des relieurs comme Marius Michel ou Charles Meunier deviennent célèbres pour leurs créations artistiques, souvent influencées par l’Art nouveau.
Commandes prestigieuses : Les bibliophiles, les éditeurs et les collectionneurs commandent des reliures sur mesure pour des ouvrages rares ou précieux, faisant du relieur un artisan de luxe.
Techniques utilisées
Couture sur nerfs (souvent en cuir ou en chanvre)
Décor à la plaque ou au fer à dorer
Utilisation de peaux teintées, dorures, incrustations
Le métier de relieur à la Belle Époque a laissé une empreinte durable dans l’histoire du livre. Il a contribué à faire de la reliure non seulement une technique de conservation, mais aussi une forme d’expression artistique.

L’affaire des reliures érotiques de la rue de Seine
Dans les années 1890, au cœur du quartier Saint-Germain à Paris, un relieur réputé nommé Octave Uzanne bibliophile excentrique et écrivain fréquentait les ateliers de relieurs de luxe pour faire confectionner des ouvrages… très particuliers.
Uzanne commandait des livres érotiques rares, souvent interdits ou publiés à très petit tirage, qu’il faisait reliés en maroquin (cuir de luxe) avec des motifs suggestifs : femmes nues en dorure, scènes libertines gravées sur les plats, et même des cachettes secrètes dans les tranches pour dissimuler des illustrations osées.
Ces ouvrages étaient destinés à une clientèle très sélecte : aristocrates, hommes de lettres, et collectionneurs libertins.
En 1902, un atelier de relieur de la rue de Seine fut perquisitionné par la police sur dénonciation anonyme. Ils y découvrirent une bibliothèque clandestine de livres érotiques, certains datant du XVIIIe siècle, tous magnifiquement reliés, parfois avec des mécanismes ouvrants ou des compartiments secrets.
Le scandale
L’affaire fit grand bruit dans les cercles littéraires. Mais au lieu d’être condamnés, les artisans furent encensés pour leur savoir-faire, et certains collectionneurs se vantèrent d’avoir des « reliures coquines » dans leurs cabinets privés.
Cette histoire contribua à la réputation du relieur comme gardien de secrets, capable de transformer un livre en objet d’art et de désir.