RAMASSEUSE DE SANGSUES


Qui étaient les ramasseuses de sangsues
Exclusivement des femmes, appelées aussi loueuses de sangsues.
Issues des milieux les plus pauvres, souvent contraintes par la misère à exercer ce travail.
Elles travaillaient dans les zones marécageuses, notamment sur les berges non endiguées de la Seine.
Elles entraient dans l’eau jusqu’aux cuisses, vêtues de haillons, et attendaient que les sangsues s’accrochent à leur peau.
Le timing était crucial : sortir trop tôt faisait tomber les sangsues, trop tard risquait l’évanouissement ou la noyade à cause de la perte de sang.
Une fois hors de l’eau, elles retiraient les sangsues en frottant leurs jambes avec du gros sel ou du jus de tabac.
Vendues aux apothicaires, médecins et hôpitaux pour les saignées, très populaires à l’époque.
Utilisées pour traiter une multitude de maux : infections, troubles mentaux, gastrite, pneumonie… parfois jusqu’à 80 sangsues par patient.
Deux types existaient : les grosses, très recherchées, et les petites, plus résistantes mais moins efficaces.
Les astuces (et arnaques) du métier
Certaines ramasseuses gavaient les petites sangsues de sang frais chez l’équarrisseur pour les faire paraître plus grosses.
Elles tentaient ensuite de les vendre comme spécimens de premier choix aux apothicaires.
Le métier a disparu progressivement avec les progrès de la médecine et l’abandon des saignées comme pratique courante.
La surutilisation des sangsues a même failli provoquer l’extinction de l’espèce Hirudo medicinalis en Europe.

La Ramasseuse et le Médecin : Une Sangsue Bien Placée
À la fin du XIXe siècle, dans les marais de la Brenne, une région réputée pour ses sangsues médicinales, vivait une certaine Clémence, ramasseuse de sangsues depuis l’adolescence. Elle parcourait les étangs pieds nus, laissant les sangsues s’accrocher à ses jambes pour les récolter ensuite. Ce métier, aussi rude que mal payé, était pourtant essentiel : les sangsues étaient utilisées dans les hôpitaux pour traiter tout, des migraines aux congestions pulmonaires.
Un jour, Clémence fut appelée à livrer une cargaison de sangsues à un hôpital parisien. Là, elle fit la rencontre d’un jeune médecin ambitieux, Docteur Laville, fasciné par les méthodes traditionnelles. Séduit par la rusticité de Clémence et sa connaissance intime des sangsues, il l’invita à assister à une démonstration devant ses collègues.
Mais Clémence, malicieuse, décida de jouer un tour. Lors de la démonstration, elle glissa discrètement une sangsue géante, qu’elle avait gardée en secret, dans le bocal du médecin. Lorsque celui-ci la posa sur le patient, la sangsue se mit à se tortiller frénétiquement, provoquant une panique générale dans la salle. Le patient hurla, les médecins s’agitèrent, et Clémence, impassible, déclara :
« Celle-là, messieurs, vient du marais des sorcières. Elle ne suce que les menteurs. »
Le scandale fit le tour de l’hôpital. Le Docteur Laville, humilié, tenta de faire renvoyer Clémence, mais elle devint une légende parmi les infirmières et les internes. On disait qu’elle savait reconnaître les hypocrites à la réaction de ses sangsues