RAMASSEUR DE PEAUX DE LAPINS



Le métier de ramasseur de peaux de lapins à la Belle Époque en France
Ce métier, aujourd’hui disparu, était autrefois un maillon essentiel d’une chaîne artisanale et industrielle florissante. À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le ramassage des peaux de lapins était une activité courante, notamment dans les campagnes françaises.
Ancienneté : Le commerce des peaux de lapins existait déjà sous le règne de Charles VI (XIVe siècle), mais il prit son essor au XIXe siècle avec la fabrication de chapeaux de feutre.
Transition des matières : Les chapeliers passèrent des peaux d’agneaux au castor, puis au lapin, plus accessible et moins coûteux. Ce changement suscita des conflits avec les corporations artisanales, qui voyaient dans le mélange des matières une falsification.
Fabrication de chapeaux : Les peaux étaient transformées en feutre pour confectionner des chapeaux, notamment les fameux "demi-castors", mélange de castor et de poil de lapin.
Autres usages : Elles servaient aussi à produire de la colle et parfois des fourrures bon marché.
Le quotidien du ramasseur
Le pelharòt (ou pelhaire) : Ce chiffonnier itinérant parcourait les villages, souvent le dimanche matin, criant « Peaux ! Peaux de lapins ! » avec une trompette stridente. Il collectait aussi chiffons, plumes, cheveux, métaux et cire.
Méthode de collecte : Les ménagères conservaient soigneusement les peaux après avoir tué les lapins pour les repas dominicaux. Rien ne se perdait : le sang pour le civet, la peau pour le commerce.
Avec l’industrialisation et l’évolution des matériaux, le métier de ramasseur de peaux de lapins a progressivement disparu au cours du XXe siècle. Il reste aujourd’hui un témoignage fascinant d’une époque où le recyclage était une pratique quotidienne et précieuse.

L’affaire des peaux de lapins de Montmartre
À la fin du XIXe siècle, dans les ruelles de Montmartre, un certain Arsène Louvrier, petit ramasseur de peaux de lapins, menait une vie discrète. Il passait de porte en porte, récupérant les peaux que les ménagères lui cédaient après avoir cuisiné le lapin dominical. Ces peaux, une fois séchées, étaient revendues aux tanneurs ou aux fabricants de feutre notamment pour les fameux chapeaux melon.
Mais Arsène avait flairé un filon bien plus juteux…
Plutôt que de vendre ses peaux aux tanneurs, Arsène s’était mis à les teindre lui-même, dans une arrière-boutique qu’il partageait avec un ancien chapelier ruiné. Ensemble, ils confectionnaient des chapeaux de feutre bon marché, qu’ils faisaient passer pour des modèles haut de gamme. Le duo écoulait leur marchandise dans les bals populaires et les cabarets, où l’apparence comptait plus que la qualité.
Le stratagème fonctionna à merveille… jusqu’à ce qu’un inspecteur des fraudes, déguisé en dandy, achète un chapeau et découvre qu’il sentait fortement le civet après quelques heures sous la pluie.
Le scandale éclate
L’affaire fit les choux gras des journaux parisiens :
« Le chapeau du lapin du dimanche fait tomber les masques du bal ! » Les autorités mirent la main sur plus de 300 chapeaux dissimulés dans des caisses de légumes, et Arsène fut condamné à une amende pour tromperie sur la marchandise. Le chapelier, lui, fut réhabilité quelques années plus tard pour avoir inventé une méthode de teinture naturelle… à base de betterave.