RAMASSEUR DE MEGOTS



Contexte historique
Période : Fin du XIXe siècle, début du XXe siècle, principalement dans les grandes villes comme Paris.
Tabac : À l’époque, le tabac était un produit coûteux et précieux. Les cigarettes sans filtre et les cigares laissaient souvent des restes non consumés, ce qui faisait le bonheur des plus démunis .
Activité principale : Ramasser les bouts de cigares et de cigarettes dans les rues, les cafés, les vespasiennes (toilettes publiques), les ruisseaux… sans aucune gêne.
Transformation : Une fois collectés, les mégots étaient épluchés pour en extraire le tabac, qui était ensuite revendu ou fumé par les chiffonniers eux-mêmes.
Organisation :
Ramasseurs : Arpentent les rues à la recherche de mégots.
Éplucheurs : Trient et récupèrent le tabac.
Vendeurs : Commercialisent le tabac récupéré, souvent sur des marchés comme celui de Maubert.
Profil social
Origine sociale : Souvent des chiffonniers, balayeurs ou vagabonds. Ce métier était une forme de débrouille pour survivre dans une société urbaine marquée par la pauvreté.
Perception : Méprisé par la société. Le mot « mégottier » était même utilisé comme insulte pour désigner une personne avare ou paresseuse.
Révolte sociale :
Certains mégottiers ont tenté de créer des syndicats pour se défendre contre les tracasseries policières.
Le verbe « mégoter », qui signifie aujourd’hui chipoter ou être trop économe, vient directement de cette pratique.

Le roi des mégots du boulevard Montmartre
À Paris, vers 1902, un certain Aristide Boulard, ancien typographe ruiné par une passion excessive pour les courses de chevaux, s’était reconverti en ramasseur de mégots. Mais Aristide n’était pas un simple glaneur : il avait flairé le filon.
Il récupérait les mégots jetés par les bourgeois, les dandys et les artistes dans les cafés, théâtres et trottoirs du quartier Montmartre.
Il les triait dans sa mansarde : tabac encore utilisable, papier à rouler, et même les filtres (quand il y en avait).
Il reconditionnait le tout en cigarettes artisanales, qu’il revendait aux ouvriers du quartier à prix cassé.Mais ce n’est pas tout…
Un journaliste du Petit Journal découvrit le pot aux roses et publia un article intitulé "Le tabac des trottoirs : enquête sur un commerce insolite". L’article fit sensation. Aristide devint une célébrité locale, surnommé "le roi des mégots".
Plutôt que d’être arrêté, Aristide fut invité à participer à une exposition sur les métiers oubliés de Paris. Il y présenta son "atelier de recyclage tabagique", et certains bourgeois, amusés, achetèrent ses cigarettes comme curiosité.