PROJECTIONNISTE


La Belle Époque (environ 1871–1914) est une période de prospérité culturelle et technologique en France.
Le cinéma naît officiellement en 1895, avec la première projection publique des frères Lumière à Paris.
Les projections sont d’abord itinérantes : dans des cafés, des foires, des théâtres ou des salles polyvalentes.
À cette époque, le projectionniste était bien plus qu’un simple technicien :
Manipulation des appareils rudimentaires : lanternes magiques, kinétoscopes, puis projecteurs à manivelle.
Montage et réparation des pellicules : les films étaient fragiles, souvent endommagés, et devaient être recollés.
Sécurité incendie : les pellicules en nitrate étaient hautement inflammables, rendant le métier dangereux.
Ambiance sonore :
parfois, le projectionniste coordonnait avec un pianiste ou un bruiteur pour accompagner les images muettes.
Nomadisme : beaucoup travaillaient dans des cinémas ambulants ou des baraques foraines.
Premiers cinémas fixes et professionnalisation
Dès les années 1900, des salles de cinéma permanentes apparaissent à Paris et en province.
Le métier commence à se structurer : les projectionnistes deviennent des techniciens spécialisés, souvent formés sur le tas.
Ils sont responsables de la qualité de la séance, du bon déroulement de la projection, et parfois même de la programmation.
Le projectionniste était souvent vu comme un magicien des images, surtout dans les petites villes où le cinéma était une nouveauté.
Dans certains témoignages, comme celui de Roger H. au Louxor dans les années 1950, on retrouve encore l’esprit artisanal du métier hérité de la Belle Époque.

Le scandale du Cinéma des Folies Bergère (1902)
Dans les sous-sols feutrés du célèbre cabaret parisien, un petit cinéma avait été installé pour projeter les toutes premières vues animées des frères Lumière. Le projectionniste attitré, un certain Émile D, était un ancien opérateur de lanterne magique reconverti dans le cinématographe. Il était réputé pour sa précision… et son goût du risque.
Le coup de génie (ou de folie) Un soir, Émile décide de projeter un film clandestin qu’il avait lui-même tourné : une courte scène de danse très suggestive, filmée en cachette dans les coulisses du cabaret. Ce n’était pas encore du cinéma érotique, mais pour l’époque, c’était sulfureux. Il glisse la bobine entre deux programmes officiels, pensant que personne ne remarquerait.
Réactions en chaîne Le public, d’abord surpris, éclate de rire et d’applaudissements. Mais dans la loge, un critique du Figaro assiste à la projection et s’indigne. Le lendemain, l’affaire fait les gros titres :
“Un projectionniste dévergonde le cinématographe !”
Conséquences Émile est renvoyé sur-le-champ, mais devient une légende dans le milieu. Certains disent qu’il a ensuite travaillé dans des cinémas plus “libres” à Pigalle, où il aurait contribué à l’essor du cinéma pour adultes bien avant l’heure.