PROCUREUR


Le métier de procureur trouve ses racines dans la grande ordonnance de Philippe le Bel de 1303, qui définit le rôle des "gens du roi" comme accusateurs chargés de rechercher la vérité et de veiller à la bonne application de la loi.
À la Belle Époque, le procureur de la République est un magistrat du ministère public, représentant l’État dans les affaires pénales. Il appartient à la magistrature debout, par opposition aux juges du siège, dits de la magistrature assise.
Le procureur exerce sous l’autorité du procureur général et du Garde des Sceaux. Il est nommé par le Président de la République, ce qui souligne son lien étroit avec le pouvoir exécutif.
Il dirige le parquet du tribunal judiciaire, composé de substituts et de vice-procureurs, et décide de l’opportunité des poursuites, du classement des affaires ou de leur renvoi devant le juge.À la Belle Époque :
Entre justice et politique
Cette période voit une judiciarisation croissante de la société, avec une montée en puissance du droit pénal comme outil de régulation sociale.
Le procureur devient un acteur stratégique dans la lutte contre les illégalismes, notamment dans le contexte de l’industrialisation, des mouvements ouvriers et des tensions politiques (affaire Dreyfus, anarchisme, etc.).
Il incarne à la fois le gardien de l’ordre public et le gestionnaire des politiques pénales, ce qui le place au cœur des débats sur l’indépendance de la justice.
Même si la grande modernisation du parquet débute surtout dans les années 1980, les fondations de cette évolution sont posées dès la Belle Époque, avec une professionnalisation accrue et une centralisation des pouvoirs judiciaires.
Le procureur commence à jouer un rôle plus actif dans la coordination des enquêtes, la gestion des affaires locales, et l’interprétation des directives nationales.

L’affaire Humbert : un scandale judiciaire à la sauce Belle Époque
Nous sommes à Paris, au tournant du XXe siècle. La famille Humbert, bien introduite dans les cercles bourgeois, mène grand train. Marguerite Humbert, épouse d’un avocat influent, prétend être la dépositaire d’un coffre contenant une fortune fabuleuse léguée par un certain Henry Crawford, un riche Américain. Problème : personne n’a jamais vu ce mystérieux Crawford… ni le contenu du coffre.
Le procureur général de Paris à l’époque, Louis Baudouin, est alerté par des rumeurs persistantes. Il ouvre une enquête discrète, flairant une escroquerie d’envergure. Ce qui commence comme une simple vérification tourne vite au scandale national.
Le coffre, gardé dans une chambre scellée pendant des années, est enfin ouvert… et ne contient que des chiffons et des briques ! La famille Humbert avait escroqué des millions de francs à des banques et particuliers, en jouant sur cette prétendue succession.Procès et panache
Le procès est un événement mondain. Marguerite Humbert, grande manipulatrice, tente de séduire la presse et même les magistrats. Le procureur, implacable, démonte pièce par pièce l’arnaque. Le public est fasciné : c’est du théâtre judiciaire à grand spectacle.
La famille Humbert est condamnée, et le scandale ébranle la confiance dans les institutions financières. Le procureur, lui, sort auréolé de gloire, symbole d’une justice capable de déjouer les plus raffinées des escroqueries.