PRENEUR DE SON


Le métier de preneur de son à la Belle Époque en France : une genèse technique et artistique
La Belle Époque (environ 1890–1914) est une période de grande effervescence culturelle et technologique en France. Pourtant, le métier de preneur de son tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existait pas encore sous cette appellation. Voici un aperçu de son émergence dans le contexte de cette époque fascinante :
Technologie naissante : L’enregistrement sonore en France à la Belle Époque reposait principalement sur le cylindre phonographique, inventé par Thomas Edison en 1877. Ces cylindres étaient gravés mécaniquement sans électricité ni microphone.
Pas de preneur de son au sens moderne : Le rôle de capturer le son était assuré par des techniciens ou inventeurs qui manipulaient les machines. Il n’y avait pas encore de métier spécialisé comme aujourd’hui.
L’industrie phonographique française
Explosion de la production : À partir des années 1890, la France voit une croissance de l’industrie phonographique, avec des millions de cylindres et disques produits pour le divertissement domestique.
Genres enregistrés : Opéra, opéra-comique, café-concert, récitations littéraires… Ces enregistrements reflètent les goûts populaires de l’époque.
Artistes et appréhensions : Certains artistes étaient réticents à enregistrer, craignant que cela nuise à leur image ou à la qualité perçue de leur art.
Méthodes de reproduction : Gravure, pantographie, moulage, galvanoplastie… Ces procédés permettaient de dupliquer les enregistrements pour la vente.
L’Archéophone : Un appareil moderne conçu pour lire les cylindres anciens, développé bien plus tard, permet aujourd’hui de redécouvrir ces sons oubliés.
Studios rudimentaires : Les premiers “studios” étaient des pièces aménagées avec une corne acoustique reliée à un diaphragme et une aiguille gravant le son sur le cylindre. L’acoustique dépendait entièrement de la disposition physique des chanteurs et musiciens.
En résumé
Le métier de preneur de son n’existait pas encore comme profession autonome à la Belle Époque. Ce rôle était intégré dans les fonctions des ingénieurs ou techniciens qui manipulaient les dispositifs mécaniques d’enregistrement. Ce n’est qu’avec l’arrivée du microphone et de l’enregistrement électrique dans les années 1920 que le métier s’est structuré.

Le scandale du phonographe indiscret – Paris, 1903
En 1903, un certain Gustave Lenoir, ingénieur passionné par les inventions d’Edison, se faisait appeler « acousticien ambulant ». Il parcourait les salons parisiens avec son phonographe à cylindre, proposant d’enregistrer les voix des aristocrates et des artistes pour la postérité. Mais Gustave avait une idée plus… piquante.
Un soir, lors d’un bal masqué au Moulin Rouge, il réussit à installer discrètement son appareil derrière un rideau, espérant capter les conversations sulfureuses de l’élite parisienne. Ce qu’il enregistra dépassa ses espérances : des murmures galants, des révélations compromettantes, et même une dispute entre deux comtesses jalouses d’un même poète.
Pensant faire fortune, Gustave tenta de vendre les enregistrements sous le manteau, les présentant comme des « fragments de vérité sonore ». Mais l’affaire éclata quand une voix reconnaissable fut identifiée comme celle du ministre de l’Instruction publique, en train de déclamer un poème érotique à une danseuse.
Résultat : Gustave fut arrêté pour atteinte à la vie privée, son phonographe confisqué, et les cylindres détruits. Mais la presse s’empara de l’affaire, et pendant des semaines, les journaux titrèrent : « Le son, nouvelle arme du scandale ! »