PORTEUR D'EAU



Avant l’arrivée généralisée de l’eau courante, notamment dans les grandes villes comme Paris, l’accès à l’eau était un défi quotidien. Les porteurs d’eau étaient essentiels pour acheminer ce bien vital depuis les fontaines publiques ou la Seine jusqu’aux habitations privées, souvent situées dans des immeubles sans puits ou à plusieurs étages.
Origine sociale : La majorité des porteurs d’eau étaient des Auvergnats, venus à Paris pour travailler. Ce métier était considéré comme « franc », c’est-à-dire non soumis aux règles des corporations.
Équipement : Ils utilisaient des seaux en fer-blanc suspendus à une sangle de cuir ou à une palanche pour transporter l’eau sur leurs épaules.
Organisation : Le métier était structuré comme une petite république avec ses propres règles, hiérarchie et traditions. Les porteurs d’eau avaient leur propre fête : la Mi-Carême, partagée avec les blanchisseuses et les marchands de charbon.
Rythme de travail : Certains faisaient jusqu’à 30 livraisons par jour, montant les étages à pied avec leurs seaux pleins
Les « cris de Paris »
Leur cri distinctif « À l’eau ! » faisait partie des célèbres cris de Paris, ces appels chantés ou criés dans les rues pour signaler leur présence. Ce cri avait même des variantes sonores étudiées pour atteindre les étages les plus hauts.
Avec l’arrivée des réseaux d’eau courante et des canalisations modernes (notamment le canal de l’Ourcq au XIXe siècle), le métier a progressivement disparu. Il a survécu jusqu’au début du XXe siècle, mais la modernisation de l’hygiène urbaine et des infrastructures l’a rendu obsolète .
Le porteur d’eau est devenu une figure emblématique du Paris populaire, immortalisé par des artistes comme Honoré Daumier et évoqué dans la littérature comme dans le Tableau de Paris de Louis-Sébastien Mercier.

Le porteur d’eau et la duchesse : une anecdote savoureuse
À cette époque, l’eau courante n’était pas encore généralisée dans tous les immeubles parisiens. Les porteurs d’eau, reconnaissables à leurs épaules robustes et leurs seaux en zinc, faisaient des allers-retours entre les fontaines publiques et les appartements bourgeois. L’un d’eux, un certain Gaspard, était réputé dans le quartier du Marais pour sa ponctualité… et son franc-parler.
Un jour, Gaspard est appelé chez une duchesse fantasque, qui habite un hôtel particulier. Elle exige que l’eau soit tiède, parfumée à la lavande, et livrée dans des carafes en cristal. Gaspard, peu habitué à ces caprices aristocratiques, s’exécute avec mauvaise grâce.
Mais voilà qu’un matin, la duchesse le réprimande :
« Gaspard, l’eau est trop froide, et je sens une odeur de fer ! » Ce à quoi il répond, sans se démonter : « Madame la Duchesse, si vous voulez de l’eau bénite, faudra appeler un curé, pas un porteur ! »
La réplique fait le tour du quartier. Gaspard devient une sorte de célébrité locale, et la duchesse, piquée au vif mais amusée, finit par l’inviter à ses salons pour raconter ses anecdotes. Il devient le conteur attitré des soirées mondaines, où l’on rit aux éclats de ses aventures dans les escaliers glissants et les appartements excentriques.