PLATRIER



Moyen Âge : Le métier de plâtrier apparaît dès le XIIIe siècle dans Le Livre des métiers d’Étienne Boileau. Il est alors associé à celui de maçon, les deux appartenant à la même corporation.
XVIIIe siècle : Fondation du corps des compagnons plâtriers passants du devoir en 1797. Leur devise : UVGT – Unité, Valeur, Génie, Travail. Les apprentis sont appelés des Bouquins.
XIXe siècle : Le métier reste très manuel et exigeant. Les plâtriers travaillent dans des conditions difficiles, notamment dans les plâtrières (lieux d’extraction du plâtre), souvent situées en région parisienne.
Rôle sur les chantiers : Le plâtrier intervient après le maçon et le menuisier. Il prépare les murs et plafonds, applique le plâtre à la main, et doit synchroniser son travail avec les autres corps de métier.
Technique artisanale : Le plâtre est gâché (mélangé à l’eau) avec précision. Il est appliqué rapidement avant qu’il ne durcisse. Le savoir-faire est essentiel pour obtenir des surfaces planes et lisses.
Conditions de travail :
Très pénibles. Les ouvriers des plâtrières sont parmi les premiers à faire grève au début du XXe siècle pour obtenir de meilleures conditions sociales.
Esthétique et ornementation : Le plâtrier peut aussi être staffeur ornemaniste, réalisant des moulures et décors en plâtre pour les intérieurs bourgeois, très prisés à la Belle Époque.
Marchands de figures de plâtre : Sur les trottoirs et les quais, des mouleurs ambulants vendent des bustes et statuettes en plâtre représentant des célébrités, des héros ou des figures à la mode. Leur planche devient un musée éphémère de la mémoire collective.
Fragilité symbolique : Le plâtre incarne la fugacité des modes et des réputations. Une fois la popularité passée, le moule est brisé, et la figure tombe dans l’oubli.

Le Plâtrier et le Portrait Volé
En 1902, dans la ville de Lyon, un plâtrier nommé Émile Charvet était chargé de restaurer les moulures d’un salon bourgeois appartenant à un certain Monsieur Delorme, collectionneur d’art et amateur de portraits féminins un peu… suggestifs.
Un jour, alors qu’Émile travaillait au plafond, il entendit une vive dispute entre Delorme et sa femme. Celle-ci venait de découvrir que son mari avait caché un portrait de danseuse nue derrière une cloison en plâtre, dissimulé dans une niche secrète. Furieuse, elle exigea que tout soit détruit.
Delorme, paniqué, supplia Émile de sauver le tableau avant que sa femme ne revienne avec les ouvriers. Émile, amusé mais compatissant, fit preuve d’ingéniosité : il créa une fausse moulure creuse dans le plafond, y glissa le tableau roulé, puis referma le tout avec un chef-d’œuvre de stuc.
Quelques mois plus tard, Delorme invita ses amis pour admirer les rénovations. Lorsqu’il leva son verre de champagne sous le plafond restauré, il lança à Émile un clin d’œil complice. Le tableau était sauf, et la femme n’en sut jamais rien.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là : des années plus tard, lors d’une nouvelle rénovation, le tableau fut retrouvé… et vendu aux enchères comme une œuvre perdue de Toulouse-Lautrec. Émile, lui, n’en tira jamais un sou mais gagna une réputation de plâtrier discret et génial.