PERRUQUIER



Le métier de perruquier à la Belle Époque en France est l’héritier d’une tradition riche et flamboyante qui remonte aux siècles précédents. Voici un aperçu de son évolution et de son rôle à cette période :
Naissance sous Louis XIII : La perruque apparaît pour pallier la calvitie et les défauts capillaires. On attache des cheveux postiches à une calotte, puis on perfectionne la technique avec des tissus comme le point de Milan ou le canepin (peau de mouton).
Âge d’or au XVIIIe siècle : Sous Louis XV, le perruquier devient un personnage central de la toilette. Il est aussi barbier, baigneur, étuviste un véritable artisan du paraître.
Hiérarchie sociale par la perruque : Chaque classe sociale porte un style distinct. Nobles, clergé, tiers état… tous se distinguent par leur coiffure.
Déclin de la perruque poudrée : À la Belle Époque, la mode des grandes perruques est passée. Les coiffures naturelles et les chignons élégants dominent, surtout chez les femmes.
Métier en mutation : Le perruquier devient davantage coiffeur. Il conserve un rôle dans le théâtre, l’opéra, et les bals costumés, où les perruques restent prisées.
Artisanat de luxe : Dans les cercles mondains, les perruquiers de renom créent des postiches sophistiqués pour les dames de la haute société, souvent en cheveux naturels.
Rayonnement français : Au XVIIIe siècle, les perruquiers français exportent leur savoir-faire dans les cours européennes. Louis-Sébastien Mercier note qu’ils diffusent la culture française mieux que les armées.
Corporation puissante : À Paris, on comptait jusqu’à 1 200 perruquiers au XVIIIe siècle, employant 6 000 ouvriers. À la Belle Époque, leur nombre diminue, mais leur prestige reste intact dans certains milieux.

Le scandale du perruquier de la rue de la Paix
À Paris, vers 1897, la haute société se presse dans les salons de la rue de la Paix, où l’élégance est une religion. Parmi les artisans les plus prisés : Monsieur Théodore Bellamy, perruquier des dames de l’Opéra, des courtisanes célèbres et même de quelques aristocrates en quête de jeunesse capillaire.
Bellamy ne se contentait pas de confectionner des perruques somptueuses en cheveux naturels — il avait un secret de fabrication : ses plus belles pièces étaient faites à partir des cheveux de jeunes filles russes, achetés à prix d’or dans les bordels de Saint-Pétersbourg. Mais ce n’est pas tout...
Un soir, lors d’un bal masqué au Moulin Rouge, la duchesse de Montferrand perd sa perruque dans un tourbillon de valse. Un jeune journaliste, intrigué par l’étiquette cousue à l’intérieur, mène l’enquête. Il découvre que Bellamy revendait certaines perruques de seconde main, parfois récupérées sur des cadavres non réclamés à la morgue municipale Le procès
Le scandale fait les gros titres : “Des perruques de la mort sur les têtes de la haute société !” Bellamy est convoqué au tribunal. Il plaide l’art avant la morale, affirmant que “la beauté n’a pas de provenance, seulement une destination.” Le juge, mi-fasciné, mi-horrifié, le condamne à une amende mais lui laisse poursuivre son activité à condition de ne plus s’approvisionner à la morgue.