PELLETIER



Le métier de pelletier à la Belle Époque en France : un héritage artisanal et commercial
Le métier de pelletier, bien que plus ancien que la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), a connu une évolution marquée par les traditions médiévales, les réglementations royales et les exigences de la mode parisienne. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle à cette période :
Le pelletier est un artisan spécialisé dans le traitement des peaux pour en faire du cuir ou de la fourrure.
Dès le Moyen Âge, Paris comptait des centaines de maîtres pelletiers, travaillant des peaux variées : agneau, lièvre, écureuil, martre, fouine, et même chat domestique.
Deux branches existaient :
Pelletiers haubaniers : marchands de peaux brutes.
Pelletiers fourreurs : artisans qui confectionnaient des vêtements doublés de fourrure.
Statuts et organisation
Les deux métiers furent réunis en 1586 sous Henri III, avec des statuts exigeant 4 ans d’apprentissage et 4 ans de compagnonnage pour devenir maître.
Le chef-d’œuvre requis était une robe de ville confectionnée avec des peaux spécifiques.
Les pelletiers élisaient des jurés chargés de contrôler la qualité des fourrures et le respect des normes.
Bien que la Belle Époque ait vu l’essor de l’industrie textile, les pelletiers conservaient un rôle important dans la mode parisienne, notamment pour les manteaux, manchons et chapeaux en fourrure.
Ils bénéficiaient d’un monopole sur le commerce des vêtements en fourrure, sans concurrencer les merciers.
Leur expertise était reconnue : ils conseillaient les acheteurs et étaient responsables de la qualité des produits vendus.
À partir du XVIe siècle, les fourrures nord-américaines (notamment le castor) ont été intégrées dans le commerce parisien, renforçant le rôle des pelletiers dans les circuits d’approvisionnement et la mode urbaine.

Le pelletier et la duchesse : une affaire de fourrure… et de faux-semblants
À Paris, vers 1907, un maître pelletier réputé du quartier du Marais, nommé Émile Dufresne, était connu pour ses manteaux somptueux en zibeline et martre. Il fournissait les plus grandes dames de la haute société, dont la très en vue duchesse de Montferrand.
Un jour, la duchesse commande une cape en zibeline pour le bal de l’Opéra. Émile, pressé par le temps et les caprices de la noblesse, décide de substituer une fourrure de qualité inférieure, teinte à la chaux pour imiter la zibeline. Il pensait que personne ne verrait la différence sous les lumières tamisées du bal.
Mais voilà… la duchesse, en pleine valse, croise une rivale qui porte une véritable zibeline. Les regards se croisent, les murmures fusent, et la duchesse comprend qu’elle a été dupée. Le scandale éclate dans les salons parisiens : “La duchesse en lapin déguisé !” titrent les journaux satiriques.
Émile est convoqué par la chambre des métiers. Il plaide la pression sociale et l’urgence, mais les jurés pelletiers, garants de l’honneur de la profession, le sanctionnent sévèrement. Il perd son monopole sur les fourrures nobles pendant deux ans