PALUDIER



Le métier de paludier à la Belle Époque en France
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier de paludier aussi appelé saunier était un pilier discret mais essentiel de l’économie locale dans certaines régions françaises, notamment sur le littoral atlantique. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle à cette époque :
Le métier de paludier remonte à l’Antiquité, avec des traces de sauneries dès avant Jésus-Christ.
À la Belle Époque, les paludiers perpétuaient un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération, notamment dans les marais salants de Guérande, Noirmoutier, l’île de Ré et Oléron.
Les paludiers travaillaient selon un cycle annuel : entretien des œillets (bassins) au printemps, récolte du sel en été, protection des marais en automne et hiver.
Ils utilisaient des outils traditionnels et travaillaient en harmonie avec les éléments naturels : soleil, vent et chaleur étaient indispensables à la cristallisation du sel.Statut social et fiscalité
Le sel était soumis à la gabelle, une taxe royale très impopulaire. Les paludiers bénéficiaient parfois du privilège du franc-salé, les exemptant de cette taxe.
Certains paludiers n’étaient pas propriétaires des marais salants et étaient rémunérés par une part de la récolte.
La contrebande de sel était fréquente, avec des "faux sauniers" risquant la déportation pour échapper à la gabelle.
Le métier était rude, solitaire mais solidaire, fondé sur l’amour du territoire et la préservation de la nature.
À Guérande, les paludiers formaient une communauté soudée, partageant les tâches et les savoirs dans un esprit collectif.

Le scandale du sel noir de Guérande
À la fin du XIXe siècle, dans les marais salants de Guérande, un certain Éloi Kermeur, paludier réputé pour la blancheur immaculée de sa fleur de sel, se retrouve au cœur d’un scandale qui fait frémir les salons nantais.
La Belle Époque est synonyme de progrès, de luxe et de raffinement. Le sel de Guérande devient un produit prisé dans les cuisines bourgeoises.
Éloi, homme simple mais rusé, découvre une technique pour produire un sel plus sombre, riche en minéraux, qu’il baptise "sel noir de lune".
Ce sel, bien que non conforme aux standards, séduit les chefs par son goût intense.
Une comtesse parisienne, Clémence de la Roche, tombe amoureuse du sel… et du paludier.
Elle organise des dîners secrets où Éloi est invité à parler de ses marais, devenant une coqueluche des cercles gastronomiques.
Mais un concurrent jaloux, paludier de métier et espion à ses heures, dénonce Éloi pour fraude commerciale : le sel noir serait un mélange avec de la cendre volcanique importée d’Italie !
Le dénouement :
Le procès se tient à Saint-Nazaire. Les journaux titrent : "Le sel de la passion : quand l’amour trouble les marais."
Éloi est blanchi : le sel noir est naturel, issu d’une rare conjonction de lune et de vase marine.
Clémence quitte Paris pour s’installer à Guérande, où elle vit avec Éloi dans une maison bordée de cristaux salins.