OUVREUSE DE CINEMA


Le métier d’ouvreuse de cinéma en France à la Belle Époque :
naissance d’un rôle discret mais emblématique
À la Belle Époque (environ 1895–1914), le cinéma est encore un art naissant, et les salles commencent à se structurer en lieux de spectacle à part entière. Le métier d’ouvreuse, bien que peu documenté à ses débuts, émerge avec l’essor des cinémas fixes et devient rapidement une figure familière du décor cinématographique.
Les premières projections ont lieu dans des cafés-concerts ou des théâtres, mais dès les années 1900, des cinémas permanents apparaissent dans les grandes villes.
L’ouvreuse est souvent une jeune femme, chargée d’accueillir les spectateurs, de déchirer les billets, de placer les clients et de veiller au bon déroulement de la séance.
Elle utilise une lampe de poche pour guider les retardataires sans perturber la projection.
Avant le film et pendant l’entracte, l’ouvreuse vend des bonbons, réglisses et glaces dans les allées, à l’aide d’un panier garni .
Son salaire est souvent basique, complété par des pourboires et un pourcentage sur les ventes de confiseries.
Ce rôle, bien que modeste, demande tact, discrétion et sens du service.
Un métier genré et socialement codé
L’ouvreuse incarne une présence féminine rassurante, dans un univers encore masculin (projectionnistes, exploitants…).
Elle est parfois uniformée, avec des lettres brodées représentant le cinéma où elle travaille.
Ce métier est souvent exercé en soirée, parfois en complément d’un autre emploi, comme en témoigne Ghislaine Courtel, ouvreuse pendant 32 ans.
À la Belle Époque, l’ouvreuse participe à la ritualisation du spectacle cinématographique, avant que les multiplexes ne rendent son rôle obsolète.
Elle incarne une époque où aller au cinéma était un événement social, avec ses codes, ses gestes et ses intermédiaires humains.

L’ouvreuse et les bonbons volés
Dans les années 1970 à Blois, Ghislaine Courtel exerçait le métier d’ouvreuse dans plusieurs cinémas, dont le Capitole, une salle somptueuse aux rideaux de velours rouge. Son rôle ne se limitait pas à placer les spectateurs : elle préparait sa corbeille pour l’entracte, vendait des bonbons, de la réglisse, puis plus tard des glaces. Mais ce qu’elle adorait par-dessus tout, c’était la vente au milieu des rangs, quand les spectateurs se passaient les commandes comme dans une pièce de théâtre improvisée.
Un jour, lors d’une séance pour enfants toujours un “spectacle dans le spectacle” elle se rend compte que sa panière pleine à craquer est dévalisée en quelques minutes. Elle court se ravitailler, mais à son retour, elle découvre que des enfants avaient subtilisé quelques friandises pendant qu’elle était partie. Plutôt que de se fâcher, elle rit de bon cœur, les enfants lui offrant en échange des dessins et des mots doux griffonnés sur des tickets de cinéma. Elle garde ces souvenirs comme des trésors, preuve que même les petites incartades peuvent devenir des anecdotes savoureuses.
Ce métier, payé au pourboire et au pourcentage sur les ventes, était bien plus qu’un simple job : c’était une expérience sociale, théâtrale et humaine, où l’ouvreuse devenait presque une actrice secondaire du film projeté.