OPTICIEN




Le métier d’opticien en France à la Belle Époque : entre artisanat, commerce et émergence médicale
À la Belle Époque (environ 1870–1914), le métier d’opticien en France est en pleine transformation. Héritier d’une tradition artisanale remontant au XVe siècle, il commence à se structurer en tant que profession à la croisée de la technique, du commerce et de la santé visuelle.
La fabrication des lunettes est introduite en France vers 1450, avec des artisans appelés lunetiers.
En 1581, les miroitiers, lunetiers et bimbelotiers sont regroupés dans une même corporation, seuls habilités à tailler et vendre des bésicles en cristal de roche.
Le terme opticien apparaît en 1720, désignant les spécialistes des instruments d’optique : lunettes, longues-vues, microscopes, etc..
L’opticien est encore perçu comme un vendeur ambulant ou commerçant paramédical, proposant des lunettes sans examen approfondi.
Les lunettes sont souvent essayées debout, sans consultation, et vendues comme des objets pratiques ou esthétiques.
Certains opticiens fabriquent eux-mêmes les verres et les montures, tandis que d’autres se contentent de les vendre.
Vers une professionnalisation
Dès 1911, des projets de réglementation sont déposés pour encadrer la vente de lunettes et protéger les clients contre les pratiques douteuses.
Les oculistes s’inquiètent des lésions oculaires causées par des opticiens non formés, ce qui pousse à une réforme du métier.
Il faut attendre 1944 pour que la profession soit officiellement reconnue par une loi, avec obligation de diplôme.
L’opticien de la Belle Époque est à la fois artisan, commerçant et technicien, mais pas encore un professionnel de santé.
Il incarne une modernité naissante, avec l’essor des instruments optiques et la démocratisation des lunettes dans les classes moyennes.

À Paris, en 1903, un opticien réputé du boulevard Haussmann, Monsieur Émile Lavergne, était connu pour ses montures élégantes et ses verres taillés avec une précision presque artistique. Mais ce que peu savaient, c’est qu’il avait un client très particulier : un certain “Monsieur X”, qui se présentait toujours en fin de journée, vêtu d’un manteau long et d’un chapeau melon.
Ce mystérieux client commandait des lunettes sur mesure… mais pas pour corriger sa vue. Non, il demandait des montures équipées de dispositifs secrets : lentilles teintées pour observer sans être vu, compartiments cachés dans les branches pour dissimuler des microfilms, et même un modèle avec un minuscule miroir intégré pour voir derrière soi.
Intrigué, Émile Lavergne finit par découvrir que “Monsieur X” était en réalité un agent du ministère de l’Intérieur, chargé de surveiller les milieux anarchistes et les cercles politiques radicaux. Ses lunettes espionnes étaient utilisées lors de bals mondains, de réunions secrètes, et même dans les salons littéraires où se tramaient des idées subversives.
Mais l’histoire prend une tournure encore plus savoureuse : un jour, une de ces lunettes fut égarée dans un cabaret de Montmartre. Elle fut retrouvée par une danseuse, qui, croyant à un accessoire de théâtre, la porta sur scène… révélant accidentellement à tout le public les manigances d’un sénateur présent ce soir-là, grâce au miroir intégré.
Le scandale fit les gros titres du Petit Journal, et l’opticien Lavergne fut convoqué par les autorités. Il échappa à toute sanction, mais son atelier devint le lieu de rendez-vous favori des amateurs de gadgets… et des espions en herbe.