OISELEUR



Le métier d’oiseleur à la Belle Époque : entre art, commerce et tradition
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier d’oiseleur en France était à la croisée de la chasse, de l’élevage et de l’art musical. Héritier d’une longue tradition médiévale, il connaissait alors un certain déclin, mais conservait une aura romantique et pittoresque.
L’oiseleur capturait des oiseaux chanteurs (serins, canaris, chardonnerets…) pour les apprivoiser et les vendre, souvent aux aristocrates ou aux bourgeois amateurs de volières.
Il utilisait des techniques spécifiques : filets, lacets, cages-pièges, et parfois la pipée (chant d’un oiseau dressé pour attirer les autres).
L’éducation musicale des oiseaux était un art : on leur faisait écouter des airs de flageolet ou de serinette (boîte à musique) dans l’obscurité pour qu’ils les mémorisent.
Le métier était strictement encadré : une sentence de 1735 interdisait l’exercice sans être reçu maître oiseleur .
Les oiseleurs formaient une communauté protégée par le roi, mais soumise à des tensions avec d’autres corps de métiers comme les changeurs ou orfèvres.
À la Belle Époque, ces privilèges anciens étaient en voie de libéralisation, et le métier devenait plus accessible, bien que marginalisé.
Entre folklore et disparition
L’image de l’oiseleur devient celle d’un personnage poétique, souvent représenté dans les gravures ou les récits populaires.
Avec l’essor de la protection animale et la modernisation des loisirs, le métier décline progressivement au XXe siècle.

À Paris, vers 1905, les rues de Montmartre vibraient au rythme des cabarets, des peintres bohèmes et des petits métiers pittoresques. Parmi eux, un certain Arsène Lemoine, oiseleur réputé, tenait boutique près du Moulin de la Galette. Il vendait des oiseaux exotiques, mais surtout des serins chanteurs, prisés par les dames de la haute société pour égayer leurs salons.
Arsène avait un secret : ses serins ne chantaient pas naturellement. Il avait dressé un vieux perroquet nommé Marius à imiter le chant du serin. Chaque matin, il plaçait Marius derrière un rideau dans sa boutique, et lorsque les clientes arrivaient, Marius entonnait ses trilles parfaites. Les dames, charmées, achetaient les oiseaux à prix d’or.
Mais Arsène allait plus loin : il vendait aussi des élixirs de chant de petites fioles censées « libérer la voix intérieure de l’oiseau ». En réalité, c’était de l’eau sucrée parfumée à la fleur d’oranger.Le scandale
L’affaire éclata lorsqu une cliente influente, la comtesse de Villedieu, se plaignit que son serin restait muet comme une carpe. Une enquête fut menée, et on découvrit le stratagème. Arsène fut arrêté pour escroquerie ornithologique, un chef d’accusation inédit.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là : lors de son procès, Marius le perroquet, devenu une célébrité, fut amené au tribunal. Et là, devant le juge, il lança un tonitruant : « Achetez, mesdames ! Chante comme un ange ! »
Le tribunal éclata de rire. Arsène fut condamné à une amende, mais sa boutique devint un lieu culte. On disait que même les oiseaux s’y rendaient pour apprendre à chanter.