MULETIER



Le métier de muletier à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple travail de transport : c’était une tradition profondément enracinée dans les régions montagneuses et rurales, notamment dans le Vivarais, le Velay et les Cévennes .
Le muletier était celui qui élevait, dressait, attelait et conduisait les mulets, des animaux robustes et endurants, parfaits pour les terrains escarpés.
Ce métier existait depuis des siècles, mais à la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), il était encore essentiel dans les zones où les routes modernes n’étaient pas accessibles.
Les muletiers transportaient des marchandises variées : vin, sel, soie, céréales, cuir, couteaux… selon les régions et les saisons .
Ils empruntaient des chemins muletiers, souvent tracés sur les crêtes, évitant les zones marécageuses et franchissant cols et ponts. Ces chemins formaient un réseau vital pour le commerce local.
Une vie rude mais respectée
Être muletier était un honneur dans certaines régions. Ils formaient des corporations puissantes, jouissant de privilèges et d’une solide réputation.
Le dressage d’un mulet prenait environ trois ans, et un couple de mulets pouvait coûter jusqu’à 500 livres l’équivalent d’un bel immeuble en ville à l’époque.
Les mulets étaient aussi mobilisés pour des causes militaires ou humanitaires. Par exemple, en 1719, le Languedoc dut fournir 1 300 mulets à l’armée. Et en 1694, des convois furent organisés pour lutter contre la famine en Velay .

Dans les années 1900, un muletier du nom de Baptiste, réputé pour son caractère aussi coriace que ses mules, transportait du vin entre les vignobles de Savoie et les auberges de montagne. Un jour, alors qu’il traversait un col enneigé, l’une de ses mules, prénommée "Joséphine", s’arrêta net devant une pancarte fraîchement installée : "Interdit aux véhicules à traction animale." Baptiste, outré, s’écria : « Joséphine, t’es pas un véhicule, t’es une dame ! » Et il la fit passer en lui mettant une écharpe et un chapeau, prétendant qu’elle était sa cousine venue de Lyon.
Les gendarmes, mi-amusés, mi-désabusés, le laissèrent passer, et l’histoire fit le tour des villages. Depuis, on dit que dans certains hameaux, les mules portent des chapeaux pour éviter les amendes.