MENUISIER





Le métier de menuisier à la Belle Époque en France : entre tradition et modernité
À la Belle Époque (fin du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale), le métier de menuisier en France connaît une période de transition fascinante, entre artisanat traditionnel et débuts de l’industrialisation.
Le terme menuisier vient du latin minutiare, signifiant "rendre menu", car il travaille les petites pièces de bois, contrairement au charpentier.
À cette époque, les menuisiers sont souvent spécialisés : huchiers (meubles), huissiers (portes et fenêtres), lambrisseurs (revêtements muraux).
Ils font partie de la grande corporation des charpentiers, mais leur savoir-faire se distingue par la finesse et la précision des assemblages.
Les menuisiers utilisent des outils manuels comme la varlope, le rabot, et maîtrisent des assemblages complexes comme la queue d’aronde.
Le travail du bois exige une connaissance fine des essences : chêne, hêtre, noyer, tilleul, etc., chaque bois étant choisi selon sa dureté et sa esthétique
Contexte social et artistique
La Belle Époque est marquée par un engouement pour les arts décoratifs : les menuisiers collaborent avec les ébénistes, sculpteurs sur bois et marqueteurs pour créer des intérieurs raffinés.
Le mobilier devient un art : les styles Art nouveau et néo-Louis XVI influencent les formes, les ornements et les techniques.
Le XIXe siècle introduit les premières machines à bois, bouleversant le métier : production en série, standardisation des pièces.
Malgré cela, de nombreux artisans résistent à la mécanisation pour préserver la qualité et l’authenticité de leur travail.

L’affaire du lit royal volé
Vers 1903, dans une petite commune près d'Orléans, un menuisier du nom de Léon Morisset était réputé pour son savoir-faire exceptionnel dans la fabrication de meubles sur mesure, souvent pour de riches bourgeois, parfois même pour la noblesse locale. Un jour, il reçoit une commande très spéciale : un lit sculpté destiné à un aristocrate excentrique, le comte d’Évreux, qui voulait une réplique du lit de Louis XV… mais avec une cachette intégrée pour des lettres d’amour compromettantes. Léon s’attelle à l’ouvrage, y ajoutant un mécanisme secret digne d’un roman de Gaston Leroux.
Mais voilà qu’à l'inauguration, après quelques verres de champagne, le comte s’endort dans son nouveau lit… Léon, resté dans la maison pour les finitions, découvre les lettres cachées des missives passionnées adressées à une certaine Clémence, chanteuse de cabaret à Montmartre. Or, Clémence était… la fiancée secrète de Léon ! Écœuré, furieux, mais rusé, Léon démonte habilement le lit, pièce par pièce, et l’emporte dans son atelier sous prétexte de “réglages de stabilité”.
Le lendemain, le comte découvre la disparition du meuble et accuse son menuisier. Mais sans preuve et le lit étant une commande sur mesure il ne peut rien faire. Léon garde le lit, le transforme en deux banquettes et une table… qu’il installe fièrement dans son salon, sous le regard complice de Clémence, désormais revenue à ses côtés.
Et depuis, dans certains ateliers d’Orléans, on dit qu’un bon menuisier ne travaille jamais sans un cœur solide… et un tournevis affûté.