MENDIANT



À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le mendiant en France était bien plus qu’un simple demandeur d’aumône : il incarnait une figure ambivalente, à la fois marginalisée et parfois investie d’un rôle social ou spirituel.
La Belle Époque est marquée par une forte industrialisation, mais aussi par des inégalités criantes.
Les campagnes, notamment en Basse-Bretagne, connaissent une paupérisation importante. Des milliers de personnes vivent dans une économie de subsistance et basculent dans la mendicité.
Le mendiant est souvent un travailleur pauvre, alternant entre petits boulots et quête de nourriture.
Majoritairement des personnes âgées, infirmes, veuves ou enfants trop jeunes pour travailler.
Deux tiers des mendiants étaient des femmes, souvent perçues comme plus vulnérables.
En Basse-Bretagne, le mendiant pouvait être vu comme un intercesseur spirituel, priant pour les donateurs.
Répression et stigmatisation
Les autorités oscillent entre assistance et répression. Les mendiants valides sont parfois considérés comme des délinquants.
À partir des années 1880, la peur du vagabond s’intensifie : on les associe à la criminalité, aux maladies contagieuses et à la récidive.
Des experts (médecins, policiers, journalistes) les décrivent comme une "armée du crime", renforçant leur exclusion sociale.
Le mendiant pouvait aussi être colporteur de nouvelles, chanteur ou pèlerin par procuration, échangeant ses services contre de la nourriture.
Dans certaines régions, il était toléré voire respecté, tandis qu’ailleurs, il était vu comme une menace à l’ordre public.

Dans les années 1890, à Paris, un certain “mendiant professionnel” surnommé le Comte de la Butte faisait sensation dans les quartiers chics. Vêtu d’un manteau élimé mais arborant une canne en ivoire et un monocle, il se présentait comme un aristocrate ruiné par les aléas de la Bourse. Son discours, théâtral et ponctué de citations latines, séduisait les passants qui lui donnaient généreusement… parfois même des invitations à dîner !
ߍ· Un soir, il fut invité par une bourgeoise à un salon littéraire. Là, il déclama des vers de Victor Hugo avec une telle passion que personne ne douta de son pedigree. Ce n’est que plusieurs semaines plus tard qu’un journaliste le reconnut comme un ancien acteur de théâtre tombé dans la misère… mais passé maître dans l’art de la mendicité mondaine.