MARCHANDE DE CAFE



À la Belle Époque (fin XIX – début XX siècle), le métier de marchande de café noir en France s’inscrivait dans un contexte social et culturel très particulier, où les cafés étaient bien plus que de simples lieux de consommation.
Le café devient une boisson populaire dès le XVII siècle, mais c’est au XIX qu’il s’impose dans toutes les couches sociales.
Les cafés parisiens se multiplient et deviennent des lieux de rencontre, de débat politique, de loisirs et de vie artistique .
Le café noir, servi au comptoir ou en terrasse, devient un rituel quotidien, notamment dans les grandes villes.
Les marchandes de café noir étaient souvent des femmes indépendantes ou issues des classes populaires, qui vendaient du café dans la rue ou dans de petits établissements.
Elles pouvaient travailler dans des cabarets, des guinguettes ou des cafés-concerts, où elles servaient les clients tout en participant à l’ambiance festive.
Ces marchandes incarnaient une forme de féminité populaire, parfois associée à la bohème ou à la vie nocturne parisienne.
Elles apparaissent dans la littérature, les chansons et les illustrations de l’époque, souvent avec une touche de romantisme ou de satire.
Leur présence dans les cafés reflétait aussi les tensions sociales : entre émancipation féminine et précarité économique.
Certaines étaient ambulantes, portant leur matériel (cafetière, tasses, sucre) et proposant du café chaud aux ouvriers, aux passants ou aux noctambules.

La scène : Chaque matin, avant même que le soleil ne darde ses rayons sur les pavés humides des Halles, Léonie installait son petit stand fumant. Son café, préparé dans une grande marmite en étain, exhalait des arômes puissants qui attiraient portefaix, camelots et même journalistes à la recherche de nouvelles fraîches.
Mais voilà le croustillant : Léonie avait pris l’habitude de glisser, dans certaines tasses destinées aux jeunes inspecteurs de police ou aux fonctionnaires bien placés, quelques gouttes de cognac — discrètement, bien sûr. Résultat : elle obtenait des informations avant tout le monde. Marchandages, descentes prévues contre les contrebandiers, voire horaires exacts des livraisons de luxe aux grands magasins... Elle utilisait ces infos pour aiguiller ses clients vers les meilleures affaires ou pour saboter les stands de ses concurrentes.
Et une fois, elle a même sauvé un jeune livreur accusé à tort de vol, grâce à une info glanée en douce sur les horaires d’un vigile. Elle en est sortie triomphante, acclamée par les habitués de son coin, tandis que le journal Le Petit Parisien publiait un article à demi-mot : « Le café de la vérité ».