MARCHANDE D ' ARLEQUIN



Le métier de marchande d’arlequin à la Belle Époque : un patchwork culinaire et social
À la Belle Époque, dans les rues animées de Paris, un métier singulier et méconnu prospérait : celui de marchande d’arlequin. Ce terme coloré désignait des revendeuses de restes de repas provenant des tables bourgeoises, des ministères, des ambassades ou des grands restaurants.
Le mot "arlequin" faisait référence à la diversité des aliments mélangés, comme le costume bariolé du personnage de la commedia dell’arte.
Ces restes, appelés aussi rogatons, étaient un assortiment hétéroclite de hors-d’œuvre, rôtis, légumes et desserts.
Chaque matin, les marchandes ou leurs agents faisaient le tour des cuisines partenaires avec une petite voiture fermée, équipée de soupiraux pour l’aération.
Les restes de la veille étaient collectés, triés, nettoyés et présentés avec soin sur des assiettes pour être vendus aux Halles de Paris.
Les clients étaient souvent des ouvriers ou des personnes modestes, qui trouvaient là une nourriture abordable.
Fait surprenant : certains riches mais avares venaient aussi discrètement s’approvisionner, reconnaissables à leur mine inquiète.
Ce métier a disparu avec l’évolution des normes d’hygiène et la modernisation de la restauration.
Il reste aujourd’hui un témoignage fascinant de l’ingéniosité populaire et des réalités sociales de l’époque.
L’étalage était habilement agencé pour attirer les passants, avec des plats comme une timbale milanaise ou une pyramide de brocolis.

Une histoire croustillante : La marchande qui en savait trop
À Paris, vers 1908, dans le quartier du Marais, vivait une marchande d’arlequins prénommée Clémentine. Elle tenait une petite échoppe où les enfants venaient échanger quelques centimes contre des papillotes multicolores, des dragées brillantes ou des confiseries plus mystérieuses que les grimoires d’un alchimiste.
Mais Clémentine n’était pas seulement une magicienne du sucre : elle avait l’oreille fine et le regard perçant. Son magasin était placé entre deux cafés littéraires, où se retrouvaient journalistes, écrivains et parfois des politiciens. Par discrétion ou par maladresse, certains discutaient un peu trop fort de leurs affaires… Et Clémentine, tout en pesant ses bonbons, retenait des noms, des dates, des projets.
Un jour, une rumeur folle parcourut les ruelles : elle aurait permis à un journal satirique de dévoiler une affaire de détournement de fonds, en glissant un mot discret dans une boîte de pralines livrée à la rédaction. L’histoire fit le tour des salons, on soupçonnait même qu’elle était en lien avec le fameux “Canard Enchaîné” naissant.
Vraie espionne sucrée ou simple bavarde Personne ne le sut jamais vraiment. Mais une chose est sûre : ses arlequins n’avaient pas seulement le goût de la fève tonka… ils avaient aussi celui du scandale.