MARCHAND DE LACETS



Le métier de marchand de lacets à la Belle Époque en France était un petit métier emblématique des rues animées, souvent exercé par des enfants ou des gagne-petit qui arpentaient les trottoirs avec leurs boîtes de lacets multicolores. Voici un aperçu de cette activité méconnue mais révélatrice d’une époque :
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), la France connaît une forte urbanisation et une explosion des petits métiers de rue.
Le marchand de lacets faisait partie des « gagne-misère », ces travailleurs précaires qui vendaient des objets utiles à bas prix, souvent à même le trottoir.
La ville de Saint-Chamond, dans la Loire, devient la capitale mondiale du lacet à la fin du XIXe siècle.
Fondée vers 1807, l’industrie du lacet repose sur des métiers à tresses actionnés par l’eau ou des mécanismes complexes. En 1838, plus de 1 200 personnes y travaillent.
En 1922, Saint-Chamond produit 75 % des lacets français, exportés vers l’Europe et les Amériques
Le rôle du marchand de lacets
Ces vendeurs ambulants proposaient des lacets de rechange pour chaussures ou corsets, souvent en soie, coton ou lin.
Ils étaient essentiels dans une époque où les chaussures étaient réparées plutôt que remplacées.
Leur présence dans les rues permettait une réparation immédiate en cas de rupture de lacet.
La Maison des Tresses et Lacets à La Terrasse-sur-Dorlay conserve ce patrimoine industriel et artisanal, avec des métiers à tresser encore en fonctionnement.
Elle témoigne de l’ingéniosité et de la beauté de ces objets du quotidien, entre artisanat et industrie.

L’affaire du lacet diplomatique
Vers 1903, dans le quartier des Batignolles, un certain Émile Papotin, marchand de lacets comme son père avant lui, tenait un petit étal près de la gare. On le surnommait “le Tisseur de liens” non pas pour ses talents commerciaux, mais parce qu'il se mêlait de tout : ragots, disputes, débats politiques… jusqu’à devenir malgré lui intermédiaire entre les gens du quartier. Un jour, il vendit à un jeune homme élégant un lacet en soie fine, prétendument “italien” mais en réalité tissé à Saint-Étienne. Ce lacet se rompit lors d’un bal à l’ambassade d’Italie, déclenchant une querelle absurde entre l’élégant, l’ambassadeur, et Papotin lui-même qui fut convoqué… au ministère !
Papotin, malin comme un singe, transforma cette bourde en gloire. Il créa les “Lacets Diplomatiques” garantis incassables et tissés avec “neutralité internationale”. Ils devinrent la coqueluche des dandys, et il ouvrit même une boutique sur le boulevard Haussmann. Tout ça pour un bout de ficelle mal cousu.