MARCHANDE DE BARBE A PAPA



Un métier sucré à la Belle Époque
Le métier de marchand de barbe à papa en France pendant la Belle Époque (fin du XIXe siècle – début du XXe) est intimement lié à l’histoire de cette friandise aérienne et festive.
Inventée en 1897 par William Morrison, dentiste, et John C. Wharton, confiseur américain, la première machine à barbe à papa transforme le sucre en filaments légers .
Présentée sous le nom de Fairy Floss à l’Exposition universelle de 1904 à Saint-Louis, elle connaît un succès fulgurant : plus de 68 000 unités vendues, malgré un prix élevé pour l’époque.
Le terme "barbe à papa" apparaît en 1934, mais la friandise commence à se répandre en France dès les années 1900, dans les fêtes foraines, cirques et expositions populaires.
Les marchands ambulants deviennent des figures emblématiques des foires, avec leurs machines à sucre chauffé tournant à toute vitesse, attirant les enfants et les familles par l’odeur sucrée et les couleurs vives.
Un métier entre artisanat et spectacle
Le marchand de barbe à papa incarne à la fois le confiseur et le entertainer : il prépare la friandise sous les yeux du public, souvent avec des gestes théâtraux.
Ce métier exigeait une certaine habileté technique pour maîtriser la machine, mais aussi un sens du commerce itinérant, car les marchands suivaient les événements saisonniers.
À la Belle Époque, la barbe à papa devient un symbole de modernité gourmande, accessible au plus grand nombre grâce à l’industrialisation.
Le marchand de barbe à papa incarne cette transition entre gastronomie élitiste (sucre filé réservé aux nobles) et plaisir populaire, dans une France en pleine effervescence culturelle.

Le duel sucré du Parc Monceau (1903)
Dans le Paris mondain des années 1900, deux marchands ambulants de barbe à papa — Gustave le Doux et “Momo la Sucre” se disputaient férocement le meilleur emplacement dominical au Parc Monceau. Leurs chariots rivalisaient d’élégance : rubans satinés, cloches dorées, et slogans accrocheurs (“Le nuage qui fond dans la bouche !”).
Un dimanche de mai, leur querelle atteint son paroxysme : Momo, agacé que Gustave ait charmé la clientèle avec une barbe à papa parfumée à la violette (très à la mode), décide de le défier... à un duel de sucres ! Pas d’épées ni de pistolets non : chaque marchand devait concocter, devant un jury populaire, la barbe à papa la plus audacieuse. L’événement attire les bourgeois, les flâneurs, et même quelques journalistes.
La foule acclame Gustave, qui fait apparaître un nuage tricolore (bleu-blanc-rouge) grâce à un savant dosage de colorants naturels mais Momo emporte la victoire en présentant une barbe à papa en forme de Tour Eiffel, réalisée à la main avec filaments torsadés. La légende raconte que même Sarah Bernhardt aurait goûté à son chef-d'œuvre.
Depuis, certains anciens racontent que le “style Tour Eiffel” est né ce jour-là au Parc Monceau…