MANNEQUIN


À la Belle Époque, le métier de mannequin en France est né dans l’effervescence de la haute couture parisienne, et il a été profondément transformé par une femme pionnière : Marie Vernet Worth.
Avant les mannequins vivants, les couturiers présentaient leurs créations sur des bustes ou via des croquis.
Charles Frédérick Worth, couturier anglais installé à Paris, révolutionne la mode en proposant ses créations sur une personne réelle : sa femme, Marie Vernet.
Elle devient la première femme mannequin de l’histoire de la mode, en défilant devant les clientes pour leur permettre de visualiser les vêtements portés.
Le mannequin n’est pas encore une célébrité : on parle alors de sosies ou essayistes.
Leur rôle est de porter pour montrer, dans les salons de couture, souvent en petit comité.
Les midinettes parisiennes, jeunes ouvrières de la mode, travaillent dans les ateliers de couture et rêvent parfois de devenir mannequins.
Le métier reste réservé à quelques femmes proches des couturiers, souvent choisies pour leur élégance et leur prestance.
Marie Vernet a ouvert la voie à une profession qui allait évoluer vers le mannequinat tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Ce rôle de muse et de modèle a été repris par les grandes maisons comme Chanel et Patou, qui ont commencé à organiser de véritables défilés.

Le Scandale du Voile Transparent
En 1911, Poiret, connu pour ses créations audacieuses et son mépris du corset, prépare une présentation privée dans son hôtel particulier. Parmi ses mannequins, une jeune femme prénommée Cléo, au regard mutin et à l’allure de danseuse. Elle devait porter une robe révolutionnaire : légère comme l’air, faite de soie diaphane, sans corset, ni jupons une véritable déclaration de guerre à la mode rigide d’alors.
Lors de la présentation, Cléo entre dans le salon éclairé aux bougies, vêtue de cette robe vaporeuse… et rien d’autre. Les invités, tous grands noms de la haute société parisienne, sont d’abord figés, puis s’étouffent dans leurs verres de champagne. Une duchesse s’évanouit. Un prince russe demande à acheter la robe et la mannequin.
Poiret, imperturbable, salue le tumulte comme un succès : “Quand la mode choque, elle fait vivre.”
À la Belle Époque, être mannequin ne se résumait pas à porter des vêtements c’était incarner l’avant-garde, provoquer les bonnes mœurs et parfois… déclencher une révolution avec un simple voile.