LITHOGRAPHE


Le métier de lithographe à la Belle Époque en France était bien plus qu’un simple artisanat : c’était une passerelle entre l’art, l’industrie et la modernité. Voici un aperçu captivant de son évolution et de son rôle dans la société de l’époque :
Inventée en 1796 par Aloys Senefelder en Allemagne, la lithographie est introduite en France au début du XIXe siècle.
Godefroy Engelmann, né à Mulhouse en 1788, joue un rôle clé dans son implantation en France. Il fonde une imprimerie à Paris en 1816 et perfectionne la technique, notamment avec le lavis lithographique et la chromolithographie.
Dès 1817, les premières lithographies sont exposées au Salon, marquant leur reconnaissance artistique.
Le métier de lithographe à la Belle Époque (1870–1914)
À cette époque, le lithographe est à la fois technicien et artiste. Il dessine directement sur pierre calcaire avec des crayons gras, permettant une reproduction fidèle des œuvres.
La lithographie devient un outil de diffusion massive : affiches publicitaires, illustrations de presse, partitions musicales, cartes postales…
Elle est utilisée pour l’art populaire, les voyages pittoresques, et les revues illustrées, rendant l’image accessible à tous.
Le métier est réglementé : entre 1810 et 1881, les lithographes doivent obtenir un brevet du ministère de l’Intérieur pour exercer.
À Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux, des milliers de lithographes sont recensés, dont plusieurs femmes, ce qui est remarquable pour l’époque.
Les lithographes sont distingués des imprimeurs lithographes, souvent considérés comme industriels, et des dessinateurs lithographes, reconnus comme artistesInfluence artistique et sociale
La lithographie participe à l’essor de l’Art nouveau, notamment dans les affiches de Toulouse-Lautrec ou Alphonse Mucha.
Elle accompagne les grandes innovations de la Belle Époque : chemin de fer, aviation, cinéma, en illustrant ces progrès dans les journaux et les revues.
Elle contribue à l’éducation visuelle du public, en démocratisant l’accès à l’image et à la culture.

Le lithographe et l'affiche interdite – Paris, 1898
À Montparnasse, quartier en ébullition artistique, travaillait Achille, lithographe de génie, capable de rendre les couleurs plus vivantes que nature sur les grandes affiches publicitaires de la Belle Époque. Il collaborait avec des cabarets, des chocolateries, des compagnies de voyage… mais son rêve secret était de créer une affiche qui ferait scandale.
Un jour, un jeune poète libertaire lui commande une affiche pour un spectacle clandestin intitulé "La République des Rêves". Achille, inspiré, dessine une Marianne de dos, nue sous un voile de drapeau, tenant une plume et une bouteille d'absinthe. Il imprime l’œuvre en secret, avec un rouge éclatant qui semble brûler le regard.
Quelques affiches sont placardées au petit matin sur les murs du Quartier Latin. À midi, la police fait retirer l'affiche, jugée "trop suggestive et politiquement douteuse". Mais le mal est fait : la rumeur court, la curiosité explose. Des artistes veulent voir "la Marianne nue", des bourgeois viennent sous prétexte d’indignation, et le spectacle se joue à guichet fermé.
Achille, convoqué au commissariat, affirme :
« C’est une république d’imagination, monsieur. On ne peut censurer les rêves. »
L'affiche devient collector, et quelques années plus tard, elle sera exposée dans un salon d’avant-garde comme symbole de l’insolence graphique de la Belle Époque.