LICIER


Le métier de licier à la Belle Époque en France : un art textile raffiné
À la Belle Époque (fin XIXe – début XXe siècle), le métier de licier (ou lissier) était un artisanat d’élite, profondément enraciné dans la tradition française de la tapisserie. Voici un aperçu de son histoire et de son rôle à cette époque :
Le licier est l’artisan qui réalise des tapisseries à la main sur un métier à tisser, selon une technique de haute ou basse lice.
Il travaille à partir d’un carton (modèle agrandi de l’œuvre), choisit les couleurs, monte la chaîne, puis tisse les motifs en suivant les indications du carton.
Le tissage se fait à l’envers, souvent à contre-jour, avec un miroir pour contrôler l’endroit.
Les Manufactures nationales comme les Gobelins, Beauvais et la Savonnerie formaient les liciers et produisaient des œuvres pour l’État et les palais .
Le métier était très valorisé et exigeait une formation rigoureuse. Les liciers étaient souvent formés dans les manufactures ou à la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, le métier s’est féminisé, mais à la Belle Époque, il était encore majoritairement masculin.
Le métier de haute lice implique un tissage vertical, avec les lices (cordelettes) placées au-dessus de la tête du licier.
Chaque pièce était une œuvre unique, tombant du métier après des mois, voire des années de travail.
À la Belle Époque, ces manufactures tissaient des tapisseries d’après des œuvres de peintres contemporains comme Gustave Moreau ou Odilon Redon, mêlant tradition et modernité

Le licier et le fil d’oubli – Aubusson, 1904
Dans les ateliers feutrés de la manufacture d’Aubusson, haut lieu de la tapisserie française, travaillait Théodore, un licier au doigté remarquable mais à la mémoire… légèrement volatile. Si ses doigts tissaient des merveilles, sa tête, elle, avait tendance à mélanger les motifs et les commandes.
Un jour, alors qu’il devait reproduire une scène mythologique Les amours de Vénus et Mars pour un riche mécène parisien, Théodore confond les cartons et entame joyeusement la tapisserie en intégrant… une poule, un parapluie, et même un vélocipède dans la composition divine.
Le contremaître s’étrangle en découvrant l’œuvre :
« Vénus en robe de marché, Mars à vélo… Mais qu’est-ce que c’est que ce carnaval mythologique »
Théodore, impassible, répond :
« C’est une réinterprétation moderne, monsieur. On appelle ça du style "évolutif". »
Le mécène, d’abord furieux, vient en personne. Mais en voyant la scène burlesque, il éclate de rire, et décide non seulement de l’acheter, mais de lancer une série de tapisseries "anachroniques", qui feront fureur dans les salons excentriques parisiens.
Théodore devient alors le premier licier burlesque d’Aubusson, reconnu pour son audace et son imagination. On retrouve encore aujourd’hui ses œuvres dans des collections privées, où Vénus chevauche une trottinette, et Mars déguste un éclair au chocolat sous un olivier.